Vagues allemandes du  bois de la Pompelle, 20 octobre 1915 et de Prosnes et les Marquises, 27 octobre 1915.  

Remonter

 

Le matin du 19 octobre 1915, à 7 heure 05 du matin, les Allemands effectuèrent plusieurs attaques par vague de chlore, entre le bois de la Pompelle et le secteur de Prosnes (de la butte de tir de Reims à l’est de Prosnes, sur un front de 12 km), au sud-est de Reims, touchant ainsi la 4e et la 5e armée française. Il semble qu’il y eu 3 vagues successives, espacées de 20 minutes chacune, émise à environ 200 mètres des lignes.

 

La vague gazeuse se présenta sous forme d’une nappe transparente. Le dégagement gazeux dura, à chaque fois, environ dix minutes, durée relativement courte, ce qui signifie que le débit de ce dégagement et par conséquent la quantité de gaz émis, ont dû être considérables. Les effets se ressentirent jusque dix kilomètres en arrière.

 

Le médecin principal Dopter, le docteur Flandin, puis Kling accompagné du médecin aide-major Leclercq, furent envoyés sur place afin de se renseigner sur l’efficacité des moyens de protection préconisés par la Section de protection et réalisés par le Matériel chimique de guerre. Des projectiles de minenwerfer de 170 mm, du premier et du deuxième type, furent tirés sur les premières lignes. Ils contenaient soit de la palite et du chlorosulfate de méthyle ou d’éthyle, soit de la bromométhyléthylcétone. Les hommes qui subirent l’action de ces projectiles furent sérieusement atteints, l’efficacité de ces substances se révélant même localement plus virulente que celle du chlore. En même temps, les tranchées de repli, les routes, les positions de batteries, recevaient quelques obus T lacrymogènes.

 

La durée de la première vague, ou plutôt des premières vagues, fut de 3 à 4 heures. Les hommes sentirent le chlore sans l’avoir vu venir car il y avait un brouillard assez épais ; l’effet de surprise fut maximum et renforcé par la discontinuité de l’émission de la vague. Tous les objets métalliques, et en particulier les armes, furent très fortement oxydés. Les poignées des baïonnettes étaient complètement vertes.

 

L’infanterie allemande attaqua immédiatement après la vague, mais ne pu prendre pied dans les tranchées adverses, arrêtée par le feu des mitrailleuses. Le lendemain, Kling se rendit sur place en compagnie de Leclercq, pour effectuer des prélèvements de gaz ayant stagnés dans des réduits depuis la veille. Le but de l’enquête était de déterminer si les Allemands additionnaient dans leurs vagues d’autres éléments gazeux agressifs que le chlore.

Vers quinze heures trente, Kling se trouvaient dans les boyaux de communication vers les premières lignes, juste en dessous du fort de la Pompelle, quand soudain, éclata une vive fusillade, suivie peu après par un bombardement énergique des premières lignes. Quelques instants plus tard, le sifflement caractéristique produit par le dégagement gazeux s’échappant des tuyaux, se fit entendre et les hommes se retrouvaient au milieu d’un nuage toxique. Les Allemands lançaient une nouvelle attaque par vague, qui avait lieu dans le même secteur que la veille, sur un front un peu moins étendu et plus à l’est, au niveau de la ferme des Marquises (de la butte de tir de Reims au secteur des Marquises, sur un front de 3 km). Kling et Leclercq se trouvaient alors, bien malgré eux, au milieu de la zone d’émission et furent finalement, on ne peut mieux placé, pour observer la vague. Le boyau dans lequel ils se trouvaient étant bombardé, ils ne purent se porter en avant, vers les premières lignes, pourtant à quelques centaines de mètres, pour observer dans quelles conditions la vague était émise des tranchées ennemies. Comble de malchance, Kling n’avait pas pu se faire remettre d’ampoules destinées au prélèvement de gaz et ne put recueillir d’échantillons.

Il décida alors de respirer quelques bouffées d’air vicié, pour déterminer la nature des toxiques utilisés : « En l’absence de matériel nécessaire à effectuer des prélèvements de gaz, je me suis soumis personnellement à leur action, dans l’espoir de les reconnaître, autant que possible, lors de leur apparition, par leurs caractères organoleptiques et par les effets physiologiques qu’ils produiraient sur mon organisme. C’est au cours de cet examen sur place que j’ai acquis la quasi-certitude que le gaz employé n’était constitué que par du chlore et qu’il ne renfermait vraisemblablement pas d’autre produit tel l’oxychlorure de carbone par exemple, dont les réactions organoleptiques sont caractéristiques ». En effet, même en concentration extrêmement faible, le phosgène à la propriété d’affecter le sens du goût et lui fait subir une perversion caractéristique. Par exemple, la fumée de tabac prenait une saveur détestable et les essences aromatiques (anis, menthe, etc…) un arôme particulier qu’on était sur de reconnaître. Cette réaction organoleptique était encore sensible pendant plusieurs heures à partir du moment où le gaz avait été respiré, même pour les sujets qui n’avaient été soumis qu’un instant à l’action du phosgène et même quand il était additionné de chlore. Cette caractéristique était sans contredit, au point de vue qualificatif, celle qui se percevait avant toutes autres et permettait d’établir la présence ou l’absence de phosgène dans les vagues gazeuses.

La vague était constituée par du chlore et, dans certains secteurs, par un corps producteur de vapeurs épaisses, sans doute pour créer un effet de panique ; elle dura une trentaine de minutes. Elle fut suivie d’une attaque d’infanterie mais les Allemands n’arrivèrent pas jusqu’aux tranchées françaises, sauf en un point où elles avaient été évacuées par un régiment territorial pris de panique. Les troupes allemandes l’évacuèrent d’ailleurs précipitamment, la tranchée étant remplie de chlore en forte concentration.

 

D’une façon générale, les moyens de protection se sont montrés efficaces, cependant, cette vague restera celle qui fit le plus de victimes du côté français, après l’attaque du 22 avril : 4200 hommes furent évacués, plus de la moitié étant gravement atteints, et plus de 750 trouvèrent la mort dans les attaques du 19 et du 20. Les pertes furent énormes, mais vraisemblablement toutes dues à la défectuosité des masques protecteurs ou à leur mauvaise utilisation. A la date de l’enquête, la 4e armée dénombrait 3500 évacués et 180 morts. La 5e armée, dont deux régiments de la 60e D.I. avaient subi l'attaque, dénombrait 80 morts et 800 évacués. Au deuxième jour, 4% des évacués étaient décédés, et ce pourcentage atteindra 18%.

Tous les rapports (Kling, Leclercq, Flandin et Dopter) étaient unanimes ; il n'y avait pratiquement aucune intoxication chez les hommes munis d’appareils protégeant contre le chlore, autres que les bâillons (dont la protection n’excédait pas 30 minutes), quand ceux-ci furent correctement appliqués au visage. Selon le rapport du médecin inspecteur Pauzat, 15 000 hommes auraient été soumis à la vague le 19 et 8 à 9000 à celle du 20, dont la plupart avaient subis celle de la veille. On dénombra 19,8% d’intoxiqués. La plupart de ces hommes étaient équipés de masque P2 à trois compresses. Pour un tiers, de bâillons ricinés, de demi-cagoules ricinés (masque de la IVe armée), et de bâillons à l’hyposulfite.

L’analyse des viscères des hommes décèdes, les autopsies et l’analyse des appareils de protection ayant été utilisés permit de caractériser la présence de chlore seul dans la vague, et l’utilisation d’obus chargés en palite et en monobromacétone. On retrouva trace également d’obus T de 150 à bromure de benzyl.

 

Le 27 octobre, alors que Flandin se rendait à nouveau sur les lieux pour procéder à une nouvelle enquête, une nouvelle attaque par vague de chlore eu lieu dans le même secteur (du secteur des Marquises à l’est de Prosnes, sur un front de 5 km), qu’occupait des fantassins de la 1er brigade du 4e corps d’armée, (appartenant principalement au 225e d’infanterie), et des cavaliers de la 7e division de cavalerie. Au 4e corps, les hommes avaient fait l’expérience de la vague du 19 octobre.

Une centaine d’entre-eux furent évacués et le nombre de morts fut très faible. Par contre, les cavaliers venaient de prendre, la nuit même, ce secteur nouveau pour eux. Fatigués, beaucoup dormaient et furent surpris. Les hommes avaient touché le tampon P2 la veille, et n’avaient pas été exercé à sa mise en place. Les officiers furent contraint de leur expliquer la manière de l’appliquer, au milieu de la nappe de gaz et dans la panique générale. En dehors de ceux pris dans leur sommeil, beaucoup d’hommes se réfugièrent au fond de la tranchée, dans la zone de chlore la plus dense. On retrouva des grappes d’hommes asphyxiés sur les banquettes de la tranchée. A la division de cavalerie, il y eut environ 600 évacués et plus de 100 morts. La vague ne fut pas précédée par un bombardement comme dans les attaques du 19 et du 20. Déclenchée à 6 heures du matin, elle ne fut suivie d’aucune attaque d’infanterie.

Les hommes l’on vu venir sur eux car elle était très opaque et très dense, le chlore ayant été additionné d’un corps fumigène. Ses effets furent ressentis très loin, puisque dans un village situé à plus de douze kilomètres du point d’émission, les habitants ont vu le ciel s’obscurcir puis furent incommodés. A Châlons même, à près de 30 km en arrière, on perçu nettement l’odeur du chlore. D’après les indications données par le Médecin-Major Leclercq, 5 à 6000 hommes auraient été soumis à la vague. 1400 au minimum furent intoxiqués (soit 25%) et 190 au minimum décédèrent (soit 3,5%)

 

 

 

Avis de Droit d'auteur : Toutes les photos et les matériels de site Web sont le Copyright 2003 exclusif de l’auteur  ou appartenant aux déposants respectifs avec leur autorisation et ne peuvent pas être reproduits, stockés dans un système de récupération, ou transmis entièrement ou partiellement, par n'importe quels moyens, électroniques ou mécaniques, la photocopie, l'enregistrement, ou autrement, sans la permission écrite antérieure de l'auteur.