Attaque par Vague du 21 février 1916, région de Fouquescourt-Lihons, Somme

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Principales sources utilisées : rapport de Monsieur Florentin, envoyé par ordre de Mr Kling, le 22 février 1916 à Rosières-en-Santerre, en compagnie de Monsieur l’officier chimiste Duval-Arnould.

 

 

La première opération de l’année 1916 eu lieu dans un secteur occupé par les troupes françaises de la 6e D.I. et de la 16e D.I.C., dans les environs de Lihons. Le front d’attaque s’étendait sur 6 à 7 km, depuis le sud de Fousquescourt jusqu’aux environs de Lihons. Ce terrain plat et dénudé se prêtait particulièrement bien à une attaque par vague.

La 6e D.I. tenait le secteur depuis près d’un mois, alors que la 16e D.I.C. y était arrivé depuis 48 heures. Quelques signes précurseurs, comme des bruits anormaux, furent relevés avant l’attaque. Le 21 février au matin, à 5h05, la première vague, moins dense que les suivantes, fut lachée. Il y eu trois vagues successives, d’une durée totale de une heure et trente minutes. La seconde fut de beaucoup la plus forte et la plus longue. Son aspect n’était pas homogène. Dans certaines parties elle avait l’aspect du chlore, dans d’autres, un fumigène avait été ajouté. Le vent soufflait assez fortement de l’Est-Sud Est. Dès 6 heures l’odeur du chlore était perçu à Amiens, à 34 km de là. A la fin de la troisième vague, vers 6h30, une attaque d’infanterie allemande se déclencha en différents points du front. Les fantassins allemands n’atteignirent les tranchées françaises qu’en de très rares points, les réseaux de fils de fer et les mitrailleuses les arrêtant presque immédiatement. Le 44e R.I.C. fit même quelques prisonniers.

 

Le 28e R.I. se trouvait au point où la vague eu sa plus forte densité, il accusa les plus fortes pertes. Le sifflement qui a précédé l’émission a prévenu les guetteurs, mais comme les tranchées étaient très rapprochées, distantes de 80 à 200 mètres seulement, ceux-ci n’ont eu que quelques secondes pour taper sur leur gonds. Beaucoup d’hommes qui dormaient n’ont pas eu le temps de mettre leur masque (uniquement des masques TN), ce qui explique le nombre élevé de morts et d’intoxiqués.

 

Les pertes, à la date du 23 février, étaient de 919 évacués et 175 morts. Elles furent attribués à l’effet de surprise et au dévouement de certains soldats qui voulurent préserver leurs camarades et qui retardèrent la mise en place de leur masque. La nature chimique de la vague pu être déterminée. Des appareils Kling à prélèvement automatique avaient été disposés dans le secteur attaqué. Cinq se trouvèrent dans la zone parcourue par la vague. Un seul fonctionna, il était situé dans la zone où la vague présentait sa densité maxima et où les cas d’intoxication furent les plus nombreux. Cet appareil permit de préciser la concentration de chlore dans la vague et de caractériser l’absence de phosgène. Aucune odeur, autre que celle du chlore, ne fut perçu. Ceux qui fumèrent après le passage de la vague n’ont pas remarqué l’odeur particulièrement désagréable du tabac provoquée par le phosgène. Les abris et tranchées ont été correctement purifié par l’hyposulfite de soude, qui n’a d’action que sur le chlore et qui reste inefficace contre le phosgène. Les intoxications tardives, généralement attribuées au phosgène, observées lors de cette attaque seront attribuées en grande partie au fait que les hommes fatigués, soient allés se reposer dans des abris non désinfectés où le chlore à pu stagner. Cela semblait corroborer toutes les observations faites auparavant qui avaient permis de conclure à l’absence de phosgène dans les vagues, et à la présence de ce toxique lors de l’attaque du 19 décembre 1915.

 

 

Situation et organisation du secteur attaqué :

Le secteur s’étend sur une longueur de 6 à 7 km, depuis le sud de Fouquescourt jusqu’aux environs de Lihons. Le terrain est plat et dénudé et se prête particulièrement à une attaque par vague.

Le secteur était occupé, du sud au nord :

Par le 24e et 28e R.I. et la 6e D.I. du 3e C.A.

Par les 37e et 44e R.I.C. de la 16e D.I.C.

 

Signes précurseurs de l’attaque :

La 6e D.I. tenait le secteur depuis un mois environ, tandis que la 16e D.I.C. y était arrivé depuis 48 heures.

Quelques jours avant l’attaque, on a observé des mouvements anormaux : circulation de nombreux trains, augmentation des transports… Pendant la nuit du 20 au 21 février, on a entendu « un bruit de ferraille » et « un bruit de moteur analogue à celui que fait entendre un aéroplane volant très bas ». Les allemands ont lancé des ballonnets lumineux et laissé échapper des colonnes de fumée pour repérer la direction du vent.

Dans tout le secteur, les guetteurs avaient des moyens d’avertissement à leur disposition.

 

Caractères de l’attaque :

Elle s’est produite le 21 février au matin, à 5h05. Elle a consisté en trois vagues successives, dont la durée totale est voisine de 1h30.

La première a été peu dense, la seconde de beaucoup la plus forte et la plus longue.

Le vent soufflait assez fortement de l’E-SE. Dès 6 heures, on sentait l’odeur du chlore à Amiens (à 34 km). On a observé que les Allemands allumaient des feux dans les tranchées, soit par suite d’un retour de gaz, soit pour le prévenir.

A la fin de la 3e vague, vers 6h30, une attaque d’infanterie allemande s’est déclenchée en différents points du front. Les fantassins allemands n’ont atteint les tranchées françaises qu’en de très rares points, les réseaux de fils de fer et les mitrailleuses les arrêtant presque immédiatement. Le 44e R.I.C. a pu faire quelques prisonniers.

Le 28e R.I. se trouvait au point où la vague a eu sa plus forte densité.

 

Aspect de le vague :

Elle n’était pas homogène. Dans certaines parties, elle avait l’aspect du chlore, dans d’autres, un fumigène avait été ajouté.

 

Effets produits par la vague :

Le sifflement qui a précédé l’émission a prévenu les guetteurs, mais comme les tranchées étaient distantes de 80 à 200 m seulement, ceux-ci n’ont eu que quelques secondes pour taper sur leurs gonds. Certains même ont été assez dévoués pour aller, sans prendre le temps de revêtir leurs masques, prévenir leurs camarades qui dormaient. Beaucoup d’hommes qui dormaient n’ont pas eu le temps de mettre leur masque, ce qui explique le nombre relativement élevé de morts et d’intoxiquées.

Florentin note que les hommes qui ont pu ajuster leur masque (masque TN) à temps ont été unanimement satisfaits. Dans les régiments coloniaux, certains semblaient regretter le masque colonial qui s’adapte plus facilement. D’après plusieurs témoignages, la troisième vague à été perçue au travers du masque sans provoquer de gêne sérieuse.

La vague a fortement attaquée les métaux, poignées de baïonnettes, fusils, mitrailleuses, fils téléphoniques. Au 37e R.I.C., le lieutenant mitrailleur a signalé des enrayages attribués, selon lui, à l’oxydation de l’appareil moteur par le chlore.

Les pertes, à la date du 23 février, sont les suivantes :

 

 

Morts

Evacués

24e R.I.

10

180

28e R.I.

100

344

37e R.I.C.

37

216

44e R.I.C.

28

179

Total

175

919

 

Elles sont relativement importantes et attribuées à l’effet de surprise et au dévouement de certains soldats qui ont voulu préserver leurs camarades et qui ont retardé la mise en place de leur masque. Les moyens de protection (masque TN) ont particulièrement bien fonctionné. D'après un rapport du médecin major Paul, le nombre de tués au final sera de 210 et 960 intoxications.

 

Nature chimique de la vague :

Des appareils Kling avaient été disposés dans le secteur attaqué. Cinq de ces appareils se sont trouvés dans la zone parcourue par la vague. Sur ces cinq appareils, un seul à fonctionné, celui du poste de secours de Maucourt, tenu par le médecin auxiliaire Bernard, du 37e RIC. L’appareil du poste de la Plaine à été démoli pendant le bombardement ; les trois autres n’ont malheureusement pas été ouverts par les médecins chargés de les utiliser. L’appareil ayant fonctionné était placé à la limite des 28e et 37e R.I. et a reçu la vague à l’endroit où elle présentait sa densité maxima et où les cas d’intoxication ont été les plus nombreux. Cet appareil permettra de caractériser la présence de chlore dans la vague (à la concentration de 1,5 g/m3) et de préciser l’absence de phosgène.

Aucune odeur, autre que celle du chlore n’a d’ailleurs été perçu. Ceux qui ont fumé après le passage du gaz n’ont pas remarqué l’odeur particulièrement désagréable du tabac provoquée par le phosgène. Les abris et tranchées ont été correctement purifiés par l’hyposulfite de soude (qui n’a aucune action sur le phosgène). Les intoxications tardives (qui sont généralement attribuées au phosgène) observées lors de cette attaque seront attribuées en grande partie au fait que les hommes fatigués, soient allés se reposer dans des abris non désinfectés où le chlore à pu stagner.

 

 

 

Témoignage du brancardier Robert Pillon du 24e R.I. 

Robert Pillon. Ses lettres de 1914 à 1916, Librairie Générale et Protestante, 1917, pp. 102-104.


22 Février 1916, à ses parents :

" Excusez-moi si je ne vous ai pas écrit hier, cela m'a été totalement impossible. De 5 h. 1/2 du matin à 7 h. du soir, on ne s'est arrêté que 20 minutes à midi pour manger, les Boches ayant fait au petit jour une attaque avec des gaz asphyxiants.

Bandes d'assassins et de barbares ! Heureusement que nous avons été prévenus par deux camarades qui veillaient un mort lorsque les gaz sont arrivés. Aussitôt nous avons bondi sur masques et lunettes et nous n'avons pas souffert. A 7 heures nous partions dans les tranchées chercher les malheureux asphyxiés.

Une quinzaine malheureusement, qui n'avaient pas leurs masques ou qui n'ont pas su les mettre sont morts. Dans notre journée nous avons fait de 15 à 20 relèves, on en avait plein les épaules le soir, mais on a fait ce qu'on a pu.

Trois compagnies du 1er bataillon avaient tellement souffert qu'on a été obligé de les relever le soir même par trois compagnies du 2e bataillon.

Pourvu qu'ils ne recommencent pas, probablement pas tout de suite, car les vents ont changé. Environ 200 hommes ont été bien malades et 300 ici, au poste de secours. C'était lamentable de voir tous ces pauvres gens se traîner dans les boyaux, quelques-uns sont morts avant d'arriver.

Quels sauvages ces Boches !

Il y eut une véritable panique en tranchées quand les gaz arrivèrent, les hommes tombaient comme des mouches.

Mais les Boches ont échoué dans leur attaque, ils n'ont pu déboucher, car nos mitrailleuses et nos canons tiraient continuellement. Quel vacarme effroyable en pleine nuit !

N. B. - J'ai bien roupillé cette nuit et suis bien reposé ce matin."


24 Février 1916, à sa tante :

" Je n'ai pu t'écrire ces jours derniers car nous avons eu beaucoup de travail. Les Boches ont fait une attaque dans la nuit de lundi à mardi avec émission de gaz asphyxiants, l'attaque a échoué, mais nous avons eu des pertes.

C'est terrible cette façon de faire la guerre. Quelle bande de sauvages nous avons devant nous.

Je remercie Dieu de m'avoir donné la force nécessaire pour transporter ces malheureux le plus vite possible dans nos postes de secours. Ce n'est pas pour me vanter, mais certains n'auraient pu le faire, je passe pour un costaud et remercie Dieu qui me donne la santé.

Nous sommes actuellement un peu fatigués, car maintenant nous veillons toutes les nuits pour prévenir si les gaz arrivaient. Nous sommes toujours en tranchées et devons être relevés prochainement."

Robert Pillon fut cité à l'ordre du 3e C.A. à la suite de cette affaire. Il sera tué le 11 avril suivant.



(*) Robert Pillon. Ses lettres de 1914 à 1916, Librairie Générale et Protestante, 1917, pp. 102-104.

 

 

 

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