Opérations sur le front Russe à l'été 1915

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Avant même que l’attaque sur Ypres soit lancée, une autre préparation de lâcher de gaz était en préparation sur le front oriental, au mois d’avril 1915. L’OHL souhaitait exploiter sa nouvelle arme sur cette partie du front pour remporter une victoire décisive contre les forces Russes.

Au début du mois de mai, le professeur Haber et le tout nouveau 36e Régiment de pionniers furent dépêchés dans la région des Carpates, mais durent finalement se résigner à annuler l’opération en raison de la topographie du terrain. Le 36e régiment de pionnier fut alors rattaché à la IXe armée et se rendit en Pologne, à 50 km au sud ouest de Varsovie. La première opération eut lieux dans la région de Bolimòw, le 31 mai, où 264 tonnes de gaz furent utilisées contre l’infanterie Russe, sur un front de 12 km (22 tonnes par km). Elle infligea des pertes sérieuses aux armées russes (9000 hommes dont 1200 décès), mais au regard des résultats attendus, elles fut considéré comme un échec par les Allemands, qui essuyèrent 374 pertes et 54 gazés qui ne possédaient pas de protection, après un changement de direction du vent.

Puis, le 12 juin, une nouvelle attaque eut lieu le long de la rivière Bzura, dans le même secteur, sur un front de 6 km. Dès le début de l’opération le vent changea de direction pour revenir sur les lignes allemandes, provoquant une véritable panique chez les assaillants. Le vent finit par revenir dans sa direction de départ et permit un gain de plusieurs kilomètres. Les Allemands perdirent 1100 hommes dont 350 avaient été intoxiqués.

Le 6 juillet, deux nouvelles émissions avec plus de 180 tonnes de chlore eurent lieu entre Humin et Borzymov, mais cette fois ci encore, le vent changea de direction et ramena le nuage mortelle vers les lignes allemandes, qui eurent à déplorer plus de 1450 intoxications dont 138 décès.

 

Contrairement aux attentes des stratèges allemands, ces trois opérations se révélèrent toutes comme des échecs. Les troupes russes étaient extrêmement mal protégées mais l’arme chimique n’avait permit que d’infliger des pertes aux forces adverses. Les vagues gazeuses étaient totalement tributaires des conditions météorologiques et semblaient impossibles à coordonner avec une offensive de l’infanterie.

 

Face à ces déconvenues, une opération fut planifiée pour tester la capacité de l’arme chimique à réduire une fortification ; le site d’Osowiece, au nord-est de Varsovie fut retenu. A cette occasion les pionniers installèrent 12 300 cylindres, soit 220 tonnes de chlore, sur un front de près de 4 km, soit une concentration exceptionnelle de 55 tonnes par km. Le 6 août, à 4 heures du matin, les cylindres furent ouverts et le vent porta le nuage formé vers les lignes russes. Mais les fantassins russes qui s’attendaient à cette attaque, allumèrent d’immenses feux devant la forteresse qui dispersa en partie le nuage de gaz et réduisa fortement ses effets.

 

La nature du gaz utilisé lors de ces opérations est encore incertaine. Les enquêtes françaises, sous la direction de Mr Vinet, postérieures au conflit suggérèrent que le chlore fut additionné d’une partie de phosgène, suite aux déclarations de certains chimistes allemands, déclarations par ailleurs douteuses.

Le phosgène est un gaz nettement plus toxique que le chlore et contre lequel il est plus difficile de se protéger ; les premiers moyens de protection diffusés permettaient de se prémunir contre les effets du chlore, mais absolument pas contre ceux du phosgène. Le phosgène est extrêmement insidieux et dans une atmosphère contaminée, un homme peut s’intoxiquer mortellement sans s’en rendre compte. Son odeur est douce et mal identifiable. Plus lourd que l’air et le chlore, il aura tendance, encore plus que ce dernier, à s’accumuler dans les dépressions du terrain. Un mélange chlore phosgène est donc bien plus toxique que le chlore pur et surtout, il présente un intérêt tactique notoire contre des troupes équipées de simple protection à l’hyposulfite. Seulement, ce n’était pas encore le cas des troupes russes et surtout, il est également extrêmement dangereux pour ceux qui le manipulent. Il est ainsi impensable de l’utiliser comme moyen offensif et de faire suivre le nuage par des fantassins qui ne sont pas équipés de protections respiratoires adéquates. Le moindre retour de vent ou le moindre repli de terrain dans lequel le gaz aurait pu stagner représenterait un danger mortel pour les troupes assaillantes. La manipulation et le stockage des cylindres de gaz est également très complexe et nécessite de porter en permanence une protection respiratoire, puisque la moindre fuite peut être fatale au personnel, sans aucun signe d’alerte.

Les troupes allemandes ne disposeront pas de moyen de protection respiratoire efficace contre ce gaz avant l’année 1916. Il est donc très peu probable qu’il ait été utilisé sur le front Russe en 1915, sauf peut être à l’occasion de quelques essais. Par ailleurs, la majorités des opérations chimiques menées sur le front occidental et jusque l’année 1916, ne comporteront que du chlore. Les service chimiques français ne l’utiliseront dans leurs vagues qu’à partir de la fin de l’année 1916. Il semble donc qu’il faille être extrêmement circonspect face aux conclusions des rapports de Vinet et à l’ensemble des sources qui reproduisent ces erreurs jusqu’aujourd’hui. Par ailleurs, le premier rapport de Mr Vinet qui relate succinctement les opérations chimiques allemandes est parfois erroné. Edouard Vinet fut limité à pouvoir simplement interroger les responsables des services chimiques allemands sans avoir accès, en dehors des archives de production des industriels, aux archives écrites. Les responsables lui indiquèrent ainsi que les bouteilles furent systématiquement emplies d’un mélange de chlore, de phosgène et de chloropicrine, ce qui est faux, la chloropicrine n’ayant jamais été retenue par les services chimiques allemands pour l’utilisation dans les vagues gazeuses.

 

 

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