Compagnie 31-1
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Compagnie Z du génie 31/1 (ex 22/35)

 

Le 6 mars 1916, la Cie arrive en gare de Rethondes. Elle est affectée au 39e C.A. de la VIe armée.

 

Opération de la ferme de Quennevières (2km au sud de Moulin sous Touvent), Boyau du peintre (près de Compiègne), 13 avril 1916 (avec la Cie 31-2) : 

 

La Cie arrive aux carrières de Tracy-le-Mont le 7. Dès le lendemain, reconnaissance du secteur, qui s'étend du saillant Brimont au boyau de Bret où il est en liaison avec la Cie 22/36. Le piquetage est effectué le 10 et les travaux débutent le lendemain. Le 19 mars, tous les postes sont terminés, mais un sergent du 319e R.I. présent en première ligne est enlevé par une patrouille allemande ; le secret de l'opération semble compromis. Le lendemain, ouverture des créneaux dans le parapet ; un sergent se fait tuer en effectuant ce travail. Le 24 mars, débute le transport des bouteilles ; 171 abris sont à garnir de 2580 bouteilles (postes à 15 bouteilles, 103 tonnes de chlore).

 

Le front d'émission couvre environ 2600 mètres. La densité est ainsi calculée : une bouteille par mètre de front, pour 30 minutes d'opération, soit 1,25 tonnes/minutes/km. 

 

Le 27 mars à 20h30, toutes les bouteilles sont en place et la pose des tubes commence aussitôt. Mais, à 21h00, le général commandant le C.A. ordonne de ramener le matériel vers les dépôts et de cesser tout transport vers l'avant. Le matériel est donc entièrement redescendu des lignes dans les jours suivant ; ce travail s'achève le 30 mars. Le 5 avril, ordre est donné à la Cie de reprendre ses cantonnements à Tracy-le-Mont et de remonter les bouteilles en ligne (180 tonnes de matériel). Ce travail va prendre 3 jours et le 9 avril, tout est prêt. Les conditions météo deviennent favorables le 12, la Cie monte en ligne le soir.

 

L'opération débute le 13 à 2h30, pour une durée voisine de 30 minutes. Le front couvre 2600m sur lequel 103 tonnes de chlore sont lâchées, soit 40 t/km. La réaction de l'ennemi est nulle les dix premières minute. Puis un feu d'infanterie soutenu est exécuté, qui ne cessera pas et sera bientôt accompagné d'un important tir d'artillerie dès la fin de l'opération. Les patrouilles d'infanterie ne peuvent sortir de leurs tranchées. A 3h20, un retour de vent provoque un envahissement des tranchées local et l'intoxication de sapeurs : 16 sont évacués et 25 sont intoxiqués de façon légère à moyenne.

 

 

 

 

 

 

Opération de Fouquescourt-Andechy (sud-est d'Amiens, secteur au nord de Echelle-Saint-Aurin), 28 juin 1916 : 

 

La Cie débarque et cantonne à Moreuil. Puis, le lendemain, prend ses cantonnements à Erches, le Quesnoy en Santerre, le Bouchoir. Le secteur d'émission sera partagé avec la Cie 31/3. Le piquetage commence le 23 avril ; le secteur s'étend du boyau des batteries à la route d'Amiens, puis de la route au boyau Bessieres et enfin de ce dernier au chemin Parvillers-Rouvroy. L'ensemble du secteur avec la Cie 31/3 s'étend  sur 7100m. Les travaux débutent le 25 avril ; la Cie creusera 190 abris.

Le 8 mai, de nouveaux abris sont définis, avec 1,75m de terre sur le dessus au lieu de 0,90. Les anciens abris sont donc abandonnés ; les nouveaux seront creusés à côté et les anciens rebouchés.

 

Poste d'émission selon descriptif du 8 mai 1916. Abris d'attente à deux entrées au Quesnoy, destiné à contenir 756 bouteilles.

 

Deux abris d'attente sont prévus pour loger 1512 bouteilles : Un sera creusé au Quesnoy pour 756 bouteilles et on utilisera un souterrain à Erches existant sous l'église.

 

Abris caverne d'émission à deux entrées.

 

 

Le 3 juin, le chef de bataillon prescrit la construction de 16 abris caverne d'émission  en première ligne, plus profond et à deux entrées. Ils seront terminés le 19 juin.

Le train chargé des bouteilles destinées à l'émission arrive en gare de Mezières le 20 juin ; le transport en ligne est immédiatement effectué avec le renfort de l'infanterie. La Cie est prête à opérer le 26 juin. Le 28 juin, le poste météo signale que les conditions sont favorables. La Cie est en ligne à 17h. A 18h10, l'ordre d'opération arrive, l'heure H sera 19h00.

 

Le 28 juin à 19h00, l'opération commence par l'ouverture des bouteilles de chlore incolore. On distingue alors nettement un léger panache de deux mètres à la sortie des tuyauteries, en avant du parapet, qui disparaît aussitôt. L'atmosphère reste absolument claire à peu de distance des tranchées. A 19h05, la fusillade ennemie débute, signe qu'il s'est aperçu de l'émission. 

19h10 : ouverture des bouteilles chlore + opacite (fumigène). On voit nettement la vague se lever sur tout le front et masquer le terrain au ras du sol.

19h15 : Tir d'artillerie ennemie ; la liaison est coupée du PC avec les 1er et 2e sections. 

19h20 : Liaison avec la voiture météo coupée.

19h44 : la 3e section téléphone que tout va bien.

19h49 : liaison avec la voiture météo par la ligne de secours : vent à 3,5 m/s et conditions restant favorables.

20h00 : la fusillade faiblie.

20h14 : la vague est dense, épaisse et uniforme. L'horizon tout entier a disparu dans le nuage qui a plus de 7km de large ; seule la cime des arbres émerge de l'étrange brouillard.

20h25 : la fusillade a presque cessée.

20h30 à 20h35 : les robinets sont fermés ; la vague s'éteint. Commence alors  un tir nourri sur l'ennemi. L'opération est terminée mais le gaz reste sur le terrain.

 

Le 295e R.I. signale que les Allemands ont allumé de grand feu pour tenter de dissiper la vague. Les tirs de mitrailleuses ennemies s'enrayent sans arrêt : signe que leur mécanique est corrodée par le chlore. Trois premières  patrouilles (dont deux du 295 R.I.) sont envoyées à 22h30 pour ramener des renseignements. Arrivées au niveau des lignes allemandes, elles perçoivent des voix mais ne peuvent rester en raison de l'odeur de gaz trop importante.

 

Un coup de main, mené par le sous lieutenant Berrigaud qui commande  un détachement du 295e R.I. et des sapeurs, est tenté à 23h30 sur 882 . Parvenus jusqu'à l'ouvrage, ils le  trouvent bouleversé et inoccupé ; le détachement rentre, ne pouvant rester et pousser plus en avant en raison des émanations de gaz.

 

Au niveau du secteur tenu par la 62e D.I., des patrouilles sont également envoyées au bout d'1h30, à 22h00. Elles sont accueillis au niveau du réseau de fils de fer allemand par des feux de mousqueterie de front et de flanc et sont contraintes de se replier. A 23H45, un deuxième coup de main est tenté par le 308e R.I. sur le bois carré n°1. Ils trouvent le terrain complètement bouleversé par nos 58T, sans âme qui vive. La reconnaissance est écourtée en raison des vapeurs de chlore restantes sur le terrain. 15 hommes de cette patrouille seront intoxiqués.

 

Les Cies déplorent de leur côté 16 hommes intoxiqués sur 600 en lignes. La majorité de ces intoxications a pour origine des incidents dans les abris caverne où les nourrices ont parfois été défectueuses.

La Cie a vidée 2526 bouteilles (100 tonnes de gaz). 625 ne l'ont pas été (abandon de l'émission pour certains postes, nourrices crevées, mauvais fonctionnement du siphon).

 

 

Le 29 juin, la Cie passe sous les ordres de la Xe armée. 

Elle arrive à Montdidier le 4 juillet.

Puis un ordre de mouvement pour les Cies 31/1 et 31/4 arrive : une nouvelle mission sur le front de la IIIe armée leur est confiée, en liaison avec la 13e C.A. et la 120e D.I..

La 31/1 reprendra l'ancien secteur de la 31/2.

Opération dans le secteur de la  Ferme de Quennevières, Boyau Duplessis, Touvent, 4 octobre 1916 : 

Le 22 juillet, les reconnaissances du secteur débutent. La 1er et 2e section conservent le secteur qu'elles occupaient lors de l'opération du 13 avril. La 3e reprend une partie de celui occupé par la 31/2. Les fronts de chaque Cie sont indépendant.

Le 23, les travaux débutent. 124 postes d'émission pour 1488 bouteilles (postes à 12 bouteilles) pour 3km de front avec une brèche de 250m. Les anciens abris sont détruits pour en construire de nouveaux. Le portage des bouteilles débute le 31 juillet ; la Cie est prête à opérer le 3 août. Un incident en première ligne se déroule le 11 août, où une torpille de gros calibre tombe en plein sur un abri et crève les bouteilles par ses éclats ; le gaz se répand dans la tranchée mais les Allemands ne semblent ne rien avoir découvert. Le 15 août, la Cie 31/4 de droite effectue son opération.

Le 20 août, une opération de relève à lieu dans les secteurs de la 120e D.I., puis de la 53e ; l'opération est reportée jusqu'au 30 août. Le 13e C.A. donnera de nouveau l'autorisation de reprendre la situation d'attente à partir de début septembre. Mais les conditions favorables vont se faire attendre.

Le 4 octobre, nouvelle alerte à 15h00, la Cie monte en ligne. A 18h10, une torpille tombe dans l'abri 27 et tue deux manipulateurs ; les bouteilles sont éventrées, le gaz se répand dans la tranchée et intoxique sept homme, dont cinq gravement.

L'opération est déclenchée à 18h30 et se déroule normalement ; près de 60 tonnes de gaz vont être lâchées dans l'atmosphère. L'ennemi ne réagit que mollement. L'opération est accompagnée de tirs de brèche, de tirs de barrage et de neutralisation des batteries ennemies. Dès le début, les Allemands lancent des fusées vertes et rouges. Une première patrouille dans laquelle deux sapeurs se sont portés volontaires, sort des ligne à la fin de l'émission. Elle reste en observation entre les lignes une vingtaine de minutes, à proximité de la tranchée allemande. Quatre autres reconnaissances d'infanterie quittent les lignes, mais sont prises sous un tir de barrage et d'infanterie. Elles sont contraintes de revenir dans les lignes sans rapporter de renseignements. Durant l'opération, sept sapeurs sont intoxiqués par des nourrices crevées ou des bouteilles qui fuient.

 

 

A la fin du mois d'octobre, la Cie suit l'instruction pour l'utilisation du matériel léger. Le 11 novembre, une opération est projetée sur le front du Groupe d'Armées du Nord sur le front de Bailly.

Opération de Bailly, 12 décembre 1916 : 

Les reconnaissances ont lieu le 14 novembre, le front est de 500 m avec une brèche de 50 mètres (l'opération par matériel léger est préconisée pour un front jusque 600m) ; 300 bouteilles de phosgène seront utilisées. Le piquetage est fait le 16 novembre.

 

 Le 27 novembre, le transport des bouteilles est effectué de la gare de Rethondes par camion, qui déchargent leur contenu au carrefour de Bailly où la Cie est rassemblée. Le transport des bouteilles se fait par escouade, avec le masque en position (les bouteilles sont chargées de phosgène, hautement toxique, inodore et incolore).

Le 1er décembre, l'opération est fixée dans ses détails ; deux patrouilles doivent être envoyées pour ramener des prisonniers ou des cadavres. Le 6 décembre, les hommes des patrouilles sont exercées à suivre la vague et à pénétrer dans une tranchée envahie par les gaz.

Le 12 décembre, la Cie est alertée à 17h30 et monte en ligne. Les hommes portent tous le masque M2, sauf les sous officier qui portent le Tissot. Les hommes sont chargés des bouteilles dans l'ordre de leur numéro de poste, et dirigés sous le commandement de leurs caporaux ou sous officier vers les premières lignes, masque au cou. Les caporaux ont le Vermorel chargé au sel Solvay. 50 minutes sont nécessaire pour monter en ligne. Les bouteilles sont montées sur la banquette de tir ; accolées par 3 et revêtues de 18 sacs de terre. Les 3 tuyaux d'éjection sont maintenus sur le parapet par des sacs de terre. Cette installation nécessite 15 à 20 minutes. Tout est en place à 21h00.

A 21h30, les bouteilles sont ouvertes sous un vent de 2 à 3 m/s, dans des conditions extrêmement favorables. 

21h33 : des bruits de gong se font entendre à Bailly nord. A 21h37, la réaction de l'ennemi commence seulement, une fusillade débute avec des tirs de fusils et de mitrailleuses. Cette réaction tardive serait dû à la mise hors de combat des guetteurs dès les premières secondes, au regard de la concentration de phosgène obtenue.

21h40 : l'opération est terminée et l'artillerie française tir sur le bois carré à 21h45. La surprise est complète pour l'ennemi.

Un sapeur est intoxiqué au retour, en soulevant légèrement son masque et en inhalant du gaz s'échappant de la rampe de l'homme qui le précède.

D'après le compte rendu d'une patrouille sortie pour constater les effets de la vague, cette émission paraît n'avoir donné aucun résultat.

 

 

1917

La Cie part en repos le 2 janvier. le 10 janvier, elle procède à des démonstrations de vague. Les hommes du 1er Corps de cavalerie, munis de masques, passent dans la vague. Une conférence sur les gaz est organisée.

Le 16 janvier 1917, la Cie arrive à Attichy, pour la préparation d'une opération avec les Cies 33/1 et 31/4. La 31/1 doit équiper 61 postes. Piquetage le 19 janvier. Les aménagements nécessitent le démontage des anciens postes d'émission, pour les approfondir. Le capitaine Geoffrey, commandant la Cie, est cité à l'ordre de l'Armée. Le 14 février, les abris sont terminés. Le 18, un coup de main allemand fait disparaître trois hommes de l'infanterie en ligne ; le secret de l'opération semble compromis. Les bouteilles arrivent cependant en gare de Lamothe dès le 9 mars. Le 18 mars, des cas de rougeole nécessitent la mise en isolement de la 2iem section.

Opération dans le secteur de Nieuport, 31 mai (avec la Cie 31/2) et 4 juin 1917 : 

Le 17 avril, la Cie est transférée dans le secteur de Nieuport. Le 19, la reconnaissance du secteur est suivie du piquetage. Le secteur de la 31/1 est situé entre le centre Albert et la mer du Nord, représentant 131 abris (d'un point situé à 50m à droite du boyau Verrières à un point situé 60m à gauche du boyau Michel). La configuration du terrain étant particulière, il s'agit de dunes de sable, la construction d'abris s'avère impossible. On envisage donc la construction de caisses abris et de postes d'émission constitués de sacs de sable. Chaque poste comprend 12 bouteilles, 6 de chlore et 6 de mélange chlore et phosgène. 1536 bouteilles sont ainsi disposées, soit 61 tonnes de gaz sur un front total, pour les deux Cies, de 2650 m. 

 

Le 23 avril, la Cie est soumise, comme tout le secteur, à une attaque par vague gazeuse émise par les allemands. Le vent est élevé, de l'ordre de 6m/s, et la Cie ne ressent aucune odeur et ne déplore aucune perte. Le 19 mai, les chefs de section procèdent au piquetage en vue d'une émission avec matériel léger. Ainsi, le 27 mai, les hommes portent aux abris d'attente les petites bouteilles. Le 28 mai, commence le portage des grandes bouteilles en ligne ; il s'achève le 31. Ce jour même, les conditions étant favorables, la Cie est alertée. Chaque section monte en ligne avec 160 bouteilles de petit modèle, mais l'opération avec matériel léger est finalement annulée. 

L'opération par matériel lourd est déclenchée à 22h30, dans d'excellentes conditions, le vent étant de 2,4m/s. Dans une partie accidentée de la dune, le vent étant très faible, les bouteilles seront fermées à plusieurs reprises. Certains postes vont être victimes de retour de gaz. 10 minutes après le début de l'opération, l'artillerie allemande réagit considérablement ; le bombardement devient excessivement violent après 23h00. L'opération dure une heure, jusque 23h30. On dénombrera 39 intoxications au sein de la Cie  (par déplacement des appareils consécutif aux souffles des explosions de munitions), cinq morts, 12 blessés, deux brûlés. Au total, c'est 5 tués, 31 blessés et 43 intoxiqués que le 31e Bataillon du Génie compte. La 29e DI déplore également 18 intoxiqués.

Deux reconnaissances, du 3e RI et 165e RI ne peuvent sortir des tranchées en raison des tirs de mitrailleuses.

Une reconnaissance du 141e RI, sous la conduite d'un officier d'infanterie à pu pénétrer dans les lignes ennemies. Elle rapporte avoir vu dans un petit poste les cadavres de trois allemands asphyxiés et rentre après 20 minutes.

L'opération avec matériel léger a lieu le 4 juin, à 0h45. L'ennemi semble totalement surpris et il faut attendre 10 minutes après le début de l'opération pour que ses premiers signaux d'alerte soient perçus. La reconnaissance prévue par le 141e RI part à l'heure comme convenu. Aveuglée par la fumée et incommodée par les effluves de gaz, elle dévie de sa route et passe à côté de la brèche pratiqué dans le réseau. Elle se heurte à un réseau de fils intacts, qu'elle essai de cisailler. Elle se fait alors repérer et une mitrailleuse ennemie entre en action et tue un sergent dont le corps reste entre les lignes. Le groupe de reconnaissance du 3e RI ne peut sortir des tranchées. Un pionnier allemand, qui travaillait sur son réseau, surpris par la vague, s'enfuit et court vers la tranchée française où il se rend. Intoxiqué, il décède dans la nuit.

Le bombardement qui suit l'opération provoquera, au sein de la Cie, la mort de deux sapeurs, et huit blessés dont un décédera des suites de ses blessures. La 29e DI dénombre cinq tués et 28 intoxiqués.

Le 6 juin, lors du portage des bouteilles vers l'arrière, les Allemands déclenchent une nouvelle vague à 1h25, suivie d'une deuxième à 2h15. Les hommes sont pris dans la vague mais aucune intoxication n'est à déplorer.

Le 13 juin, la Cie part au repos.

Le 17 juillet, elle reçoit l'ordre d'opérer dans la région de Saint Quentin. Le front de la Cie s'étend de la grand route numéro 44 au boyau Delai situé à 400m de la voie ferrée.

Opération de Saint Quentin, 24 août 1917 : 

Reconnaissance et piquetage le 20 juillet. Le front occupé par la Cie s'étend de l'intersection de la tranchée d'Auvergne avec le boyau Reynaud jusqu'à un point de la tranchée Roanne situé à 100m à l'ouest de la route Grugier. Début de construction des abris le 24 ; 120 postes sont à construire pour : 6 BO, 6 BC, 6 BOC, 6 BC modèle moyen, soit 882 kg de gaz par poste, 105 tonnes sur le front de la Cie. Une brèche d'environ 900m est laissée, dans laquelle sera pratiqué un tir de torpilles et d'obus chimiques.

Le 6 août, les officiers de la Cie assistent à une instruction sur les projecteurs anglais à Vis sur Aisne. Le 7 août, certains secteurs du front sont bombardés par obus toxiques. L'ensemble des abris est terminé le 11 août. Le portage des bouteilles début le 17 et s'achève le 21 ; 2730 bouteilles ont été portées en ligne (109 tonnes de gaz) par la Cie 31/1. Le 22 août, la Cie est prête à opérer à 12h. L'ordre d'alerte est donné le 23 août à 18h30, l'émission étant projetée pour 22h30. Finalement, la vitesse du vent étant trop faible, l'opération est repoussée à 1h30 par le commandant Girondin.

Le signal de déclenchement de la vague devait être donné par une batterie signal. A 22h30, suite à une erreur (le contre ordre d'opération est arrivé à 22h27), le tir d'artillerie fut déclenché dans une batterie seulement ; un seul poste ouvrit ses bouteilles (malgré le contre ordre) pendant près d'une minute. Le vent n'étant pas favorable à ce moment, le gaz envahit la tranchée et surprit sept sapeurs alors sans appareil de protection ; deux d'entre eux vont décéder, les autres seront gravement intoxiqués.

L'opération a lieu de 1h30 à 3h30 sous un vent moyen de 3,5m/s.

Pour les postes de 11 à 120 : Première vague : 9 BC (vague claire), deuxième vague 50min plus tard avec 6 BO, troisième 50min plus tard avec 6 BOC.

Pour les postes 1 à 10 : première vague avec 9 BC et 3 BOC, deuxième vague 50 min plus tard avec le restant.

Le signal est donné à 1h30 par le déclenchement d'un tir de barrage, qui doit empêcher l'ennemi d'entendre le sifflement de l'émission, et  le contraindre à rentrer dans ses abris. Tout est pensé pour créer la plus grande confusion chez les allemands, le tir devant diminuer au bout de quelques minutes, simulant une attaque française d'infanterie et obligeant les occupants de la tranchée allemande à sortir en toute hâte des abris, pour être "cueillis" par la vague.

L'ennemi ne réagit que très mollement. Peu de tir d'artillerie et les mitrailleuses ne sont que très rarement entrées en action. Quelques jours plus tard, un déserteur révéla que la vague n'a eu que "peu d'action sur les premières lignes, mais a fait de gros ravages sur les arrières".

L'artillerie divisionnaire, les batteries de 75 et l'AT continuent leurs tirs toute la journée du 24.

A 18h00, une action offensive est débutée et six groupes du 64e R.I.  désignés pour les coups de main,  sortent des tranchées. Le premier est pris à partie par des tirs de mitrailleuses et ne peut pénétrer dans la tranchée allemande. Les cinquième et sixièmes partent bien, mais sont rapidement cloués au sol dans les trous d'obus, devant  les brèches dans les réseaux imparfaitement détruits. Les deuxième, troisième et quatrième, opérant adroitement et résolument, sautent rapidement dans les tranchées, y sèment le désarroi, massacrent une partie des occupants, et ramènent 24 prisonniers dont trois sous officiers (un sergent major et deux sous officiers selon la 21e D.I.).

Un autre raid sur le boyau de Moulin atteint la Chaume, fait un prisonnier, mais ayant six hommes blessés, les autres doivent se replier en abandonnant un certain butin. Cornillon enlevé rapidement permet la capture de trois prisonniers, qui seront arrachés dans la soirée par des contre attaques. Un raid dans Chalumet permet la destruction de trois sapes, dont "une bien garnie" et de faire trois prisonniers.

Les pertes allemandes sont importantes. La division perd un officier, 40 hommes tués, 25 disparus, 199 blessés ou intoxiqués, 8 officiers blessés.

21e DI ? 64 RI

Le 3 septembre, la Cie se rend à Vieux Moulins. Mi septembre, elle suit une instruction sur les projecteurs.

Opération par projecteur dans le secteur du Mont des Singes, à l'est de Vauxaillon , 23 octobre 1917 : 

Le 29 septembre, la Cie se rend à Crecy au Mont (Aisne) et bivouaque dans le ravin de la Tuerie. Le 30 septembre, reconnaissance : l'objectif est une zône d'abris et un chemin creux situé à mi pente sur le versant est du Mont des Singes, au pied du village de Vauxaillon. Ce saillant assez prononcé dans le dispositif français, forme une position très organisée qui dirige ses tirs de flanquement sur les troupes françaises. Pour le neutraliser, on décide de placer 8 batteries de 25 projecteurs au sud du boyau de Lorient et 12 au nord. C'est la première opération effectuée par projecteur pour les troupes françaises.

 Le 1er octobre, elle reçoit 250 projecteurs avec plaques d'appui, emmagasinés dans une maison de Vauxaillon et commence l'aménagement des boyaux et d'un abris à exploseurs. Les boyaux sont situés à l'est de Vauxaillon et de chaque côté du boyau de Lorient, pour constituer dix batteries de 25 projecteurs. Le 5 octobre, un boyau est creusé pour la mise en place de dix nouvelles batteries ; elles seront équipées de projecteurs le 9 octobre. Le 17 octobre, les charges sont placées dans les projecteurs, les bombes le lendemain. Le 23 octobre, les sapeurs chargés de la mise à feu se rendent sur place ; ils vérifient toutes les 30 minutes au galvanomètre, que tous les circuits fonctionnent normalement. A 4h35, le bombardement ennemi commence et de nombreux fils vont être coupés. A 5h15, mise à feu des 12 batterie au nord du boyau. 5h19 : mise à feu des 8 autres. Deux batteries n'ont pas fonctionnées, certainement en raison de la mauvaise qualité des exploseurs. La Cie a eu beaucoup de difficultés à accomplir sa mission dans une zone agitée. Elle constate également qu'il est très difficile de faire une opération à une heure donnée, les très nombreux fils que nécessite l'organisation des batteries étant jusqu'au dernier moment à la merci d'un projectile ennemi.

Une action offensive est déclenchée par la 129e D.I., à 5h15. L'opération par projecteur rentrait dans le cadre de la préparation d'artillerie, débutée par des tirs de destruction dès le 17 octobre. Cette action fut complétée par des tirs de l'artillerie de tranchée et des tirs indirects de mitrailleuses (60 000 coups pour le seul 359e RI dans la journée du 23 octobre). L'ennemi réagit violemment dès le début de la préparation,  par un tir d'artillerie très nourri, en utilisant notamment des obus chimiques croix jaune, chargés en ypérite, qui font de nombreuses victimes (par exemple, le PC du 106e BCP situé dans un ancien ouvrage allemand, est touché de plein fouet par un obus chimique. Ses quinze occupants sont tous gravement touchés par le vésicant, plusieurs décéderont). 

La position du Mont des singes est prise d'assaut par le 106e BCP. Les tirs de préparation effectués depuis le 17 n'avaient que très peu démoralisé l'adversaire ; de nombreuses patrouilles étaient envoyées tous les jours pour contrôler son mordant. Le tir des projecteurs va le mettre en déroute. Ses pertes sont si sévères que les survivants se retirent des positions vers les plaines de Coucy et d'Anisy. Les chasseurs occupent le terrain sans aucune lutte ; ils ne trouvent que des morts intoxiqués par le tir de projecteurs. Le capitaine Picard (du 120e BCP), commandant le 106e depuis l'accident survenu au PC le 22 octobre en soirée, déclarera : "L’effet a été surprenant, effrayant. Il n’y a pas eu de lutte sur le terrain balayé par les gaz". 

Les bombes ont été tirées sur les abris nord et sud du Ravin et sur le Chemin Creux parallèle à la crête. Le 151e IR (14e DI), 1er et 2e bataillon, occupait ce secteur, c'est à dire la zone comprise entre le voie ferrée de Laon à Soissons, et les pentes Nord du Mont des Singes.

 
Ci-dessus : Plus de 90 années après l'opération sur Vauxaillon et le Mont des Singes, de nombreux vestiges jonchent encore le sol, comme ces débris de bombes Livens.

Source : Traces14-18 

 

 

 

Opération par projecteurs dans le secteur de Juvincourt, 24 novembre 1917 : 

Le 7 novembre, la Cie fait mouvement vers Vaux Varennes, et cantonne à la Ville aux bois et au Choléra. Le piquetage et la construction des tranchées commence le 11 novembre. L'opération a pour cible un groupe d'abris et de PC à l'est et à l'ouest de Juvincourt. Les bombes sont mises en place le 14. Le 15, mise en place des charges, enlèvement des goupilles de sûreté, installation des circuits électriques. Au cours de ces manipulations, une bombe éclate et intoxique mortellement un sapeur, trois autres moins gravement. Le 18, la Cie reçoit l'ordre d'installer 250 projecteurs à l'est du saillant de Juvincourt. Le 20 novembre, toute la Cie est prête. Le 21, la Cie est alertée à 8h00, mais l'opération est finalement annulée faute de vent favorable.

L'ordre d'alerte est donné le 23 novembre à 22h25. L'opération à lieu le 24 novembre à 2h30, sous un vent de vitesse moyenne 2,5m/s. Sur 780 bombes mises en oeuvre, 725 furent lancées, les autres détériorées par le bombardement. la surprise de l'ennemi fut complète ; aucun bruit de klaxon ni d'alarme ne fut entendu. L'artillerie ennemie ne réagit pas.

Le commandant remarque que lors de cette opération de nuit, l'emplacement des batteries fut très facilement repérable après l'opération, grâce à la grande quantité de disques et de toile enflammées projetés à faible distance. La trajectoire des bombes est très facile à suivre, grâce à la traînée de poudre en ignition emportée par le projectile. Leur éclatement ressemble beaucoup à celui que fait une grenade à main.

Le 31 décembre, la Cie embarque pour Mourmelon le Grand. Elle cantonne au camps de Fleurus.

Le 7 février 1918, une opération par projecteur est envisagée dans la région nord est du mont sans nom, secteur de la 87e D.I..

Opération par projecteurs au Mont sans Nom, 20 février 1918 (avec la 31/2) :

600 projecteurs doivent être positionnés dans 27 batterie. Le piquetage commence le 11 février. La Cie est prête à opérer le 15 février au soir ; commence l'attente de conditions météorologiques favorables. L'ordre d'attaque fut donné le 15 février à 15h30. L'opération a lieu à 18h30 à l'aide de 582 bombes 

 

Opération par projecteur dans la région du Mont Cornillet et du Mont Haut, le 19 mars 1918 : 

Les reconnaissances ont lieu le 9 mars. L'installation commence le 11. Les objectifs sont des séries d'abris situées au nord et à l'ouest du Mont Cornillet eu du Mont Haut.

La Cie est prête à opérer le 13 mars à 24h00. Le 16 mars, alerte en vue d'exécuter l'opération à 19h30, mais la direction du vent n'étant pas favorable, le tir est ajourné.

L'opération à lieu le 18 mars à 18h00, sous un vent de vitesse moyenne 2,75m/s. 485 bombes sur les 500 sont envoyées. L'artillerie ennemie réagit violemment 20 minutes après.

Opération dans la tranchée persching et au point B du Mont sans Nom du 12 mai 1918 : 

11 avril, reconnaissance du secteur situé au nord est du mont sans nom, entre le boyau 200 et le boyau Coquelin de l'Isle, dans le secteur de la 124e D.I.. Commencement de la remise en état de la tranchée Persching dans ce secteur. Le 16 avril, 83 postes d'émission y sont piquetés en vue d'une émission par matériel léger. 498 bouteilles de phosgène sont portés dans l'abri du bois 162 le 24. Le 27 avril, la Cie est prête à opérer. Le 11 mai, la Cie est alertée mais l'opération est annulée en raison des mauvaises conditions météo.

Le 12 mai, la Cie est alertée à 19h00. A 0h00, tout est en place. L'émission à lieu à 1h00, mais un retour de vent ramène la vague dans la tranchée et provoque immédiatement de lourdes pertes. 55 hommes décèdent en ligne, 28 évacués décèdent à l'ambulance 16/4, et 73 intoxiqués graves. 

Le 15 mai, 55 victimes sont inhumées au cimetière du village Gascon, et un sergent à Mourmelon le petit. Le 16, 23 victimes au camp Farman. Ce sont donc 79 victimes, 24 intoxiqués étant décédés, qui sont a déplorer.

Cette opération sera la dernière opération chimique de la Cie.

Durement éprouvée par ces derniers évènements, la Cie travaille à partir du mois de juillet à l'Etablissement du Matériel Chimique de Guerre.

Elle regagne le front en septembre.

 

 

 

 

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