Industrie allemande
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L'industrie Chimique Allemande et la grande Guerre

 

« il est certain que sans la puissance de son industrie, et tout particulièrement de son industrie chimique (...), jamais l’Allemagne ne nous eût déclaré la guerre ». Charles Moureu.

«Je voudrais que vous puissiez voir comment cela marche à Leverkusen. L’usine tout entière est transformée et remise à neuf, elle travaille presque uniquement pour les commandes de l’armée. En tant que créateur de cette prospérité, vous avez le droit d’en être fier ».  Carl Duisberg au Major Bauer  1915.

 

En exécution de l’article 172 du traité de Versailles, plusieurs commissions furent dépêchées dans les usines allemandes pour y recueillir des informations sur l'industrie chimique, en 1919 et 1920.

« Dans un délai de trois mois à dater de la mise en vigueur du présent traité, le Gouvernement allemand fera connaître aux Gouvernements des principales puissances alliées et associées la nature et le mode de fabrication de tous les explosifs, substances toxiques ou autres préparations chimiques, utilisés par lui au cours de la guerre, ou préparés par lui dans le but de les utiliser ainsi. ».

Ces Commissions d’enquête furent, dans l'ensemble, aimablement reçues outre-Rhin, mais se heurtèrent systématiquement au refus des chimistes allemands quand leurs questions devenaient trop précises ou quand elles concernaient des points techniques. Toutes les notes aujourd’hui conservées dans les archives Françaises, Anglaises et d’origines italiennes conservées dans les archives Anglaises, permettent par recoupage de dresser un tableau aussi précis que possible de cette période.

 

L’Allemagne possédait la plus grande et la plus puissante industrie chimique mondiale. Elle conserva cette supériorité tout au long du conflit, sans faire d’efforts particulier pour la développer (pour plus de détails, voir : L'industrie chimique allemande avant-guerre).

 

La production de toxiques de combat durant le conflit atteignit 45 842 tonnes de produits divers, dont l’usage fut réparti ainsi :

 

Vagues gazeuses dérivantes 7 500 tonnes
Munitions en 1915 3 710 tonnes
Munitions croix verte 20 823 tonnes
Munitions croix jaune 9 573 tonnes
Munitions croix bleu 4 236 tonnes
Total : 45 842 tonnes

L'industrie chimique produisit durant tout le conflit près de 135 000 tonnes de chlore (23 900 à titre de comparaison en France), dont près de 80 000 destinées à un usage militaire. Seulement 3500 tonnes furent utilisées directement sous forme de vague gazeuse.

L’industrie allemande produisit également près de 17 000 tonnes de phosgène (15 800 en France), dont 2000 tonnes furent chargées en projectile (obus et minens), 4000 utilisées sous forme de vague gazeuses et le restant servant à la production de dérivés. Toujours à titre de comparaison, environ 5000 tonnes de gaz (chlore, phosgène et fumigène) furent utilisées par les compagnies Z françaises.

 

Seulement huit usines chimiques participèrent à la production de gaz de combat en Allemagne ; les plus puissantes.

Voir également, pour plus de détails : Les recherches allemandes.

1) Farbenfabriken de Friedrich BAYER et Cie à Leverküsen, près de Cologne.

 

Bayer fut la première à participer à la production de gaz de combat, dès 1914, en lançant la production de chlorosulfate de dianisidine en octobre 1914, destiné au chargement des obus Ni. Puis, en janvier 1915 elle débuta la fabrication de la bromacétone à raison de 60 tonnes par mois (683 tonnes furent livrées jusqu’à fin 1915), et de bromure de Xylyle sur le pied de 60 tonnes par mois.

En juin 1915, elle lança la construction d’une installation grandiose pour la production de 300 tonnes mensuelles de Surpalite, dont elle produisit 7900 tonnes.

En juillet 1916, elle commença à synthétiser la chloropicrine à raison de 200 tonnes par mois, pour un total de 2670 tonnes.

Puis, au printemps 1917, elle construisit un atelier pour la production du sulfure d’éthyle dichloré (Ypérite) capable d’en produite 300 tonnes par mois. Elle en produira 4 500 tonnes d’ici à l’Armistice.

Un atelier de chargement de Minens et de bombes fut directement créé au sein de l’usine de Leverküsen, en janvier 1915. Le chargement des projectiles chargés de substances C,B et K était réalisé sur place.

 

Au final, elle produisit 20 710 tonnes de substances toxiques destinées à un usage militaire.

 

Carl Duisberg

 

2) Farbwerke Meister Lucius et Brüning à Hochst am Main.

 

 

Elle débuta sa coopération avec l’Armée allemande dès la fin de 1914. En 1915, elle produisit 685 tonnes de bromacétone.

A partir de fin 1915, elle monta en même temps que l’usine de Leverküsen une immense installation pour la fabrication de la surpalite dont elle livra au total 3616 tonnes.

 

Elle produisit en outre :

1120 tonnes de chloropicrine (Klopp)

721 tonnes de chlorure de phénylcarbylamine (K2 Stoff)

1092 tonnes de dichlorure d’éthylarsine (Dick)

3000 tonnes de chlorure de diphénylarsine (Clark)

233 tonnes d’oxyde de méthyl chloré (Cici)

69 tonnes d’oxyde de méthyle bromé (Bibi)

Sa production de chlore atteignait 240 tonnes par mois.

 

A partir d’avril 1915, l’usine fut responsable du chargement des substances B et T en projectiles.

 

3) Badische Anilin und Soda Fabrik (BASF) à Ludwigshafen.

 

La BASF après-guerre.

 

Sa proximité du front limita sa participation à la Guerre chimique ; de mars 1915 à novembre 1918, elle subi 18 opérations de bombardements.

Elle produisit pendant la Guerre 40 000 tonnes de chlore dont 25 furent destinnées aux gaz de combat. Elle produisit 14 281 tonnes de phosgène dont les 4/5 furent livrées pour usage de guerre aux usines de Leverküsen, Höchst, Griesheim et Breloh.

La chloropicrine fut fabriquée à partir de novembre 1916 ; 288 tonnes furent livrées à Leverküsen et Höchst.

Elle réalisa un gros effort sur les produits intermédiaires. Elle produisit 1600 tonnes d’acide phénylarsinique, 840 tonnes d’oxyde d’éthylarsine. En 1917, le Ministère de la Guerre lui confia des commandes pour la fabrication du thiodiglycol à raison de 200 tonnes par mois. Elle en livra 7 026 tonnes à Leverküsen et à Griesheim pour la fabricatin de l’Ypérite.

 

4) Chemische Fabrik Griesheim Elektron à Francfurt am Main.

Elle livra : 950 tonnes de Lost (Ypérite) et 956 tonnes de charbon destinné aux cartouches de masques.

 

5) Aktien Gesellschaft für Anilin Fabrication (AGFA) à Berlin.

Les usines de cette société ont fabriqué :

125 tonnes de dyphénylchloroarsine

1045 tonnes de dyphénylcyanarsine

1740 tonnes de d’acide phénylarsinique

1142 tonnes d’acide dyphénylarsine

406 tonnes de monophényldichlorarsine.

 

6) Léopold Casella et Cie à Francfurt am Main.

Elle livra :

957 tonnes de dyphénylchloroarsine

454 tonnes de Chlorure de phénylcarbylamine

 

7) Kalle et Cie

Elle livra à Hochst :

1200 tonnes d’acide phénylarsinique et l’isoxylforcyanate de phényle destiné à la fabrication du chlorure de phéntlcarbylamine (K2 Stoff).

 

8) Kahlbaum à Berlin Adlershof

Elle fabriqua et livra en 1915 et 1916 :

874 tonnes de B et Bn Stoff

700 tonnes de T Stoff.

Un atelier de chargement des mêmes substances y fut créé.

 

On peut ajouter la Chemische Fabrik Heyden à Dresden-Radebeul qui produisit également du phosgène et la Chemische Fabrik E. Schering à Berlin qui produisit des arsines en bouteilles de verre destinées au chargement en projectiles. 

 

 

On voit ainsi que près de la moitié des substances utilisées furent produites par une seule usine, la Farbenfabriken de Friedrich Bayer et Cie à Leverküssen, avec plus de 20 000 tonnes. Cette usine était dirigé par Carl Duisberg, qui entretenait d'étroits contacts avec le Ministère de la Guerre et le major Max Bauer, en charge du développement des armes chimiques au sein de l'OHL. Duisberg fut aussi à l'origine de la création du groupe d'intérêt des usines chimiques connu sous le nom d'I.G. Farben, groupement qui réunissait également la BASF (Badische Anilin und Soda Fabrik à Ludwigshafen) et AGFA (Aktien Gesellschaft für Anilin Fabrication). L'IGFarben produisit au sein de ces trois usines plus de 60% des armes chimiques utilisées par l'Allemagne pendant le conflit.

 

Au final, on peut résumer la production chimique de l’ensemble de ces usines ainsi :

 

Bromacétone : 1368 tonnes

Bromométhyléthylcétone : 470 tonnes

Palite : 1055 tonnes de 1916 à 1918.

Bromure de Xylyle : 950 tonnes par Leverküsen et Hochst, 700 tonnes par Kahlbaum à Aldershof, soit 1650 tonnes.

Diphosgène : 873 tonnes en 1915 et 12190 tonnes de 1916 à 1918

Chloropicrine : 4065 tonnes

Ypérite : 7659 tonnes

Chlorure de diphénylarsine : 3327 tonnes

Cyanure de diphénylarsine : 3570 tonnes

Dichlorure d’éthylarsine : 1093 tonnes

Oxyde de méthyle dichloré : 351 tonnes

Oxyde de méthyle dibromé : 69 tonnes

Phosgène : 17000 tonnes (peut-être au-delà, à hauteur de 23 600 tonnes)

 

 

Nombre de Projectiles chargés et utilisés durant le conflit :

 

Première période,1914-1915 : Environ 1 000 000 de projectiles, obus et minens, consistant essentiellement en projectiles de 15cm Modèle 1912, chargés dans les usines chimiques.

 

Deuxième période : munitions croix verte, environ 9 236 460 projectiles

 

Munitions croix jaunes : 6 594 760 projectiles

 

Munitions croix bleu : 14 715 179 projectiles (8,6 millions de coups en 7,7cm, 1,7 millions en 10 cm, 320 230 en 15cm).

 

Au total, on arrive à 31 545 000 projectiles, tous calibres confondus.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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