Le gummimaske
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Le Gummimaske

Gummimaske modèle 1915. Lors de son introduction en l’automne 1915, il constituait une avancée technologique remarquable des moyens de protection. Il sera le premier appareil complet performant, possédant une cartouche filtrante interchangeable. A l’inverse des Français, les Allemands avaient privilégié la performance du support de la filtration chimique: le masque. En contre-partie, la polyvalence de l’appareil était médiocre. Initialement, il protégeait contre des concentrations de chlore élevées, mais pas du tout contre le phosgène. Son enveloppe de tissu caoutchouté était perméable à certains lacrymogènes puis, dès son introduction, à l’ypérite. Devant les innovations des différents belligérants en matière de protection, il allait devenir obsolète à partir de 1917.

 

 

 

Généralités : 

Le développement de la guerre des gaz et l’utilisation de toxiques de plus en plus puissants imposaient à l’armée allemande tout entière, de se doter d’un appareil de protection efficace. Plusieurs firmes privées proposèrent différents modèles aux autorités militaires allemandes, et celui de la firme Auergesellschaft sera retenu. Le système de filtration était contenu dans une cartouche métallique interchangeable, que l’on vissait sous l’appareil qui englobait toute la face. Les premières cartouches contenaient un aggloméré de fragments de ponce et de charbon végétal pulvérisé imprégnés d’hyposulfite et de carbonate de soude (conclusion des différents rapports de Lebeau et de Kling). Le masque apparut relativement tôt, puisque plusieurs rapports font mention d’exemplaires retrouvés sur des prisonniers allemands et dans des abris dès la fin du mois de septembre 1915. Sa généralisation se fit certainement de manière précipitée, car le 25 septembre 1915 à Loos, les Anglais émettaient la première vague de chlore alliée contre les lignes allemandes. La surprise fut complète pour les Allemands, qui voyaient leur front se faire enfoncer de douze kilomètres.

 

Le nouveau masque était fabriqué dans un tissu étanche, caoutchouté sur sa face interne. Sa coupe était relativement ample, et permettait même de rabattre le tissu à l’intérieur avec le doigt, pour essuyer la buée sur les oculaires. Ces derniers étaient constitués d’acétylcellulose, enchâssés dans des cercles métalliques, eux-mêmes ligaturés sur le masque par une ficelle de coton. Le plateau recevant la cartouche filtrante était fixé par le même procédé. Deux attaches en tissu élastique, cousues de chaque côté de l’appareil, permettent de maintenir le masque sur le visage.

Le masque était livré dans une musette de toile à trois compartiments et rangé dans celui du centre dans une boîte métallique cylindrique. Les deux autres compartiments recevaient deux cartouches. Rapidement, pour permettre une mise en place immédiate, un compartiment fut supprimé pour loger une nouvelle boîte renfermant le masque, sur lequel était vissée une cartouche. Le masque ne comportait pas de valve expiratoire, et l’air expiré refluait par la cartouche, en humidifiant son contenu, et en augmentant la résistance de l’air au travers de celle-ci. Il pouvait être nécessaire de changer celle-ci toute les 30 minutes.

Au mois d’octobre 1915, Lebeau expérimenta l’appareil et constata son inefficacité contre le phosgène. En effet, la réaction d’absorption de celui-ci, réalisée par le charbon actif, était trop lente, tout comme celle de neutralisation par la base alcaline. L’utilisation du phosgène par les Français en février 1916, puis par les Anglais au printemps de la même année, obligea les Allemands à modifier leur cartouche absorbante. Ils copièrent alors le procédé chimique français en ajoutant de l’urotropine au charbon actif. Au cours de la même année, une troisième sangle, en forme de Y, permettant de mieux maintenir l’appareil, sera ajoutée et cousue sur le bord supérieur, en joignant les deux autres par leur milieu.

Pour réduire le volume interne du masque, qui réduisait le volume d’inspiration en créant un volume mort, le diamètre du plateau porte-cartouche sera également diminué. Puis, la boîte dans laquelle était protégé le masque fut modifiée de manière à être portée autour du cou. Les Allemands seront amenés encore plusieurs fois à modifier leur cartouche absorbante, en augmentant le volume de charbon actif notamment.

 

 

Le Gummimaske Premier type.

Les premiers Gummimaske apparaissent entre septembre et octobre 1915.

La cartouche filtrante est constituée d'une boîte en fer tronconique, percée d'un seul trou à sa base inférieure. Elle se fixe au masque par emboîtement et rotation d'un quart de tour. Elle contient un aggloméré de petits fragments de pierre ponce, enrobé dans un charbon végétal pulvérisé et imprégné d'hyposulfite de soude.

Le masque dont les photos sont reproduites ici a été pris sur les allemands du côté de beauséjour. Le rapport date du 4 octobre 1915.

L'efficacité du Gummimaske sera testée, à Paris, par la Commission de protection dans différentes atmosphères toxiques. Le 25 octobre 1915, un soldat du 23e Colonial reste une heure, sans être incommodé, dans une concentration de 1,6g/m3 (soit 1/2000). En revanche, dans une concentration en phosgène peu élevée, trois expérimentateurs successifs doivent sortir immédiatement de la pièce, très incommodés. Le masque est également perméable à l'ensemble des substances lacrymogènes...

 

Le Gummimaske Deuxième type.

Il remplace progressivement le premier type dès la fin du mois d'octobre 1915. Le mode de fixation de la cartouche à l'embase du masque, une vis creuse, permet maintenant de changer le filtre dans une atmosphère toxique, en obturant de façon étanche l'orifice avec la main. Il est désigné sous l'appellation Bandmaske (il ne comporte qu'une simple bordure au dessus des yeux)

Dès la fin du mois d'octobre 1915, la cartouche filtrante et son mode d'attache à l'embase du masque sont modifiés. La nouvelle cartouche se différencie de la précédente par la présence d'une vis creuse qui permet de la visser sous l'embase. Ses performances restent très modestes (identiques au modèle précédant). En dessous, elle se ferme par une grille métallique. A partir du début de l'année 1916 (février ou mars, les exemplaires les plus précoces identifiés par les Services Chimiques Français sont datés du 26/01/1916), apparaît une nouvelle cartouche ; elle est divisée par deux cloisonnements, en trois compartiments renfermant des substances neutralisantes différentes. Elle est bien plus performante que les précédentes et assure la protection contre le phosgène par l'ajout d'une couche contenant de l'urotropine. Pour le chlore, ses capacités se rapprochent de celles du masque M2.. Cependant, sa résistance au passage de l'air augmente très rapidement au cours de son utilisation, ce qui nécessite de la changer toutes les 20 à 30 minutes. Ces nouvelles cartouches portent le code 11-11 ou 11-11-S.

 

 

Ci-dessus : mitrailleurs du Feld-MG-Zug 138. Ils portent des Gummimaskes du deuxième type et des cartouches type 21/8. A droite, un homme est équipé d'un Draeger.

 

Le Gummimaske est transporté dans une musette de toile à trois compartiments. Le masque est protégé par une boîte métallique ; il trouve sa place au centre. De chaque côté, est logé une cartouche protégée dans une boîte cylindrique. Rapidement, boîte de protection pour le masque et celle pour la cartouche furent réunis en un seul étui permettant d'y loger le masque avec une cartouche vissée sur celui-ci. Pour ranger cet étui dans la musette, on supprima une séparation.

 

Ci dessus : musettes de transport du premier type à 3 compartiments. La boite centrale contient le masque et les deux boîte sur le côté une cartouche. 

 

Ci dessus : musettes de transport à 2 compartiments. Chacune contient un étui pour le masque et une boîte qui protège une cartouche de rechange. La musette sera progressivement délaissée pour laisser place à l'étui métallique (dit de position d'attente) et à une pochette accrochée au ceinturon pour le transport de la cartouche de rechange. Certaines unités, comme les troupes d'assaut, semblent avoir conservé l'usage de la musette tout au long du conflit.

 

A droite et à gauche  : boite cylindrique contenant la cartouche de rechange.
Ci-dessus : Modèle 1915, modèle 21/8, filtre mono-couche ou Einschichteneinsatz, distribuée à partir d'octobre 1915 et remplacée dès janvier 1916. Celle-ci est marquée Agfa 1.12.15 (1er décembre 1915)

 

 

A gauche : cartouche apparue à la fin du mois d'octobre 1915.

Valeur du masque allemand et des nouvelles cartouches, expérience du 13 janvier 1916 :

Chlore à 1,6 g/m3 : 1 heure

Phosgène : nulle

Palite, 1g/8m3 : 10 minutes au moins

Bromure de benzyle : immédiatement incommodé aux yeux.

Bromacétone : filtre très légèrement, puis intolérable après 8 minutes.

 

Valeur des nouvelles cartouches à trois compartiments (11-11-S), expérience de mars 1916 : 

L'essai porte sur 5 cartouches (4 datée du 27/01/19 et une du 26/1/16). Trois se sont montrées presque complètement étanches et entraînaient une telle gêne qu'elles ont été écartées.

Chlore à 1,6g/m3 : 4 heures 35

Phosgène à 1litre/2m3 : 1 heure 30

Chloropicrine à 8g/40m3 : environ 20 minutes

 

Dans toutes les expériences, la gêne respiratoire devient rapidement intolérable et nécessite d'aérer la cartouche dans un courant d'air chaud très régulièrement.

Détails des marquages des premières cartouches à trois compartiments :

11-11-S

Datée ici du 10-02-1916

 

En haut : boîte pour Gummimaske formée par la réunion de la boîte de protection du masque et de celle pour la cartouche. Ci-dessus : Infirmier muni d'une boîte pour Gummimaske précoce.
 

 

A gauche : Au milieu de 1916, apparaît une nouvelle boîte qui permet de ranger le masque sur lequel une cartouche est vissée.

 

 

 

Le Gummimaske Troisième type.

 

Le gummimaske présentait de nombreux défauts. Pour tenter de remédier à certains, un nouveau type apparaît à partir d'août 1916. Sa coupe est modifiée pour diminuer la gène respiratoire engendrée par le grand volume intérieur du masque. Le diamètre du plateau porte cartouche est également diminué. Une nouvelle sangle de maintient est ajoutée et cousue sur le bord supérieur, en joignant les deux autres par le milieu. Sur le bord du masque, une bande de tissu est ajoutée et forme un rebord sur tout son pourtour. Il est souvent désigné sous l'appellation de Rahmenmaske (Rahmen : cadre).

En mars 1917, les élastiques constituant les sangles de maintient sont remplacés par des lames ressort métalliques recouvertes de tissu ; dans le seul but de supprimer le caoutchouc, qui absorbe de nombreux toxiques et particulièrement un dont l'Allemagne étudiait l'utilisation, le sulfure d'éthyle dichloré ou ypérite.

 

 

En dessous : vue des sangles élastiques constituée par des lames ressort. On note également que le pourtour du masque destiné à s'adapter sur le visage à été modifié.

 

Ci dessous : notez la différence de diamètre des plateaux porte cartouche.

A gauche : cartouche filtrante apparue vraisemblablement  à partir de début 1917 (marquage 11-C-11, 11-A-11, N-D, K.u.K. O NN). Elle permet de tenir dans le chlore à concentration élevée (3,2g/m3) près d'une heure et trente minute. Le masque est toujours perméable au bromure de benzyle qui le traverse au bout de 15 à 45 minutes. La bromacétone également, mais plus lentement (1 heure à 1 heure 30).

Les modifications sur la compositions des cartouches seront très nombreuses et se succèderont. Ainsi, en décembre 1917, la protection dans le chlore à 3,2g/m3 sera de 4 heures. De nombreux efforts seront fait également pour diminuer la gêne respiratoire, qui devenait rapidement insupportable, au fur et à mesure que le contenu de la cartouche se chargeait de l'humidité engendrée par la respiration.

A gauche : le masque est protégé, une fois placé dans son étui métallique, par un morceau de toile qui reste à demeure sur la cartouche.

 

 

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