L'Appareil Respiratoire
Spécial ou ARS.
Pour plus
d'informations sur les caractéristiques de l'ARS, voir également mes
articles dans Militaria
magazine (n°191 et n°198, La protection française contre les gaz
de combat 1er et 2em partie).

1) Le masque MCG (Matériel Chimique de Guerre).
Les Allemands adoptèrent un nouveau
masque à cartouche filtrante dès l’automne 1915. Celui-ci fut confié
à Lebeau en vue de mener plusieurs essais. Lebeau se lança immédiatement
dans ces recherches avec l’aide de plusieurs de ses collaborateurs et la
participation de plusieurs membres de l’ECMCG.
Le compte-rendu de l’ensemble des
essais sera discuté le 13 août 1916 à la Commission. On adopta trois
tailles différentes et on fixa le nombre de masques à produire dans
chacune d’elle : 5% de grande taille, 60% de taille ordinaire et
35% de petite taille. Avant de commencer sa fabrication, on proposa de
commander 9000 exemplaires et de les mettre à l’essai dans un corps de
troupe.
L’appareil donna de bons résultats,
mais deux inconvénients subsistaient. En premier lieu, les oculaires censés
empêcher la formation de buée ne fonctionnaient pas. Lebeau décida donc
de modifier le masque pour adopter le système du masque Tissot où
l’air inspiré arrivait juste en dessous des oculaires et les
refroidissait en permanence. Il fallait aussi remplacer la nature de
l’enveloppe du masque qui n’était toujours pas imperméable aux
lacrymogènes. Dans ce but, on conclut qu’il fallait superposer deux
couches de tissus : la première externe sera constituée par un
tissu caoutchouté et la deuxième à l’intérieur par une toile enduite
d’huile de lin cuite qui absorbait les substances lacrymogènes.
On modifia par la suite le système
d’attache en ajoutant, cousu au centre du bord supérieur du masque, un
élastique relié aux deux autres qui passait l’un sur le haut de la tête
et l’autre sur la nuque. Puis, comme sur les masques M2, on ajouta un élastique
serre-nuque avec une attache rapide à crochet. On modifia l’embase métallique
pour y loger un système à deux soupapes : une soupape en mica et
une en caoutchouc particulièrement ingénieuse pour l’expiration,
toutes les deux inventées par le médecin aide-major Saulnier. Enfin, on
arrêta la composition des différentes couches assurant la filtration
dans la cartouche métallique :
1.
La première, composée d’oxyde de zinc, de carbonate de soude et
de charbon de bois, le tout aggloméré par de l’eau glycérinée.
2.
La deuxième, composée par un charbon spécial plus absorbant.
3.
La troisième faite de plusieurs couches de gaze imprégnées d’urotropine
pour neutraliser le phosgène.
Au tout début de l’année 1917, le
nouveau masque arrivera dans sa forme à peu près définitive. Le 17
janvier, la Commission adopta enfin le masque MCG, rebaptisé appareil
respiratoire spécial, et décida de lancer sa fabrication. Sa
distribution était souhaitée au printemps de la même année.
Voir : L'appareil
Respiratoire Spécial, Les essais menant à un nouvel appareil
respiratoire.
2) Le masque ARS.
Le nouveau masque MCG, baptisé ARS, est
adopté le 20 janvier 1917. La mise en place de sa réalisation
industrielle va demander plusieurs mois. Les livraisons aux armées ne
débuteront que le 18 janvier 1918.

Les recherches sur l’ARS ne s’arrêteront
pas après sa mise au point. Pour augmenter sa protection, Lebeau continua
de travailler sans cesse à perfectionner sa cartouche. Dès le début de
l’année 1918, il étudia et améliora un système de bonnettes, sortes
de sac en toile que l’on fixait sous la cartouche du masque, pour
augmenter la protection contre les arsines et l’ypérite. Dans ce but,
il mit au point un tissu spécial avec lequel on confectionnait la
bonnette que l’on imprégnait d’huile de ricin. Le 10 février 1918,
il conclut cependant que la protection de l’ARS était alors
satisfaisante contre les toxiques employés par les Allemands.
L’apparition des nouvelles arsines au printemps 1918 devait changer
cette position. Le premier juillet, la bonnette était prête et on décida
de la produire et de la distribuer avant l’hiver, saison pendant
laquelle les températures basses faciliteraient l’action des arsines.
Mais surtout, de nouveaux agressifs français et américains étaient
presque au point et on supposait pouvoir les utiliser d’ici la fin de
l’année. Les Français préparaient une nouvelle arsine, la Sternite,
un mélange de dichlorophénylarsine et de chlorodiphénylarsine. Les Américains
avaient synthétisé l’Adamsite,
un puissant irritant ainsi que la Lewisite,
puissamment vésicante et irritante. Le 31 août, 500 000 bonnettes pour
ARS étaient en cours de confection. ‘’Elle
est constituée par une gaine cylindrique en molleton, fermée à l’une
de ses extrémités, et à l’intérieur de laquelle est cousu un
croisillon en ruban, destiné à être appuyé contre la face antérieure
de la cartouche. Cette gaine est doublée extérieurement par un
pare-pluie en tissu imperméable, sauf au centre du fond de celle-ci, et
se prolonge du côté opposé, entièrement ouvert, par une partie
tronconique en même tissu pourvue d’œillets métalliques. Un ruban de
serrage est cousu sur la partie cylindrique du pare-pluie’’.
Vraisemblablement, elles apparurent au début de novembre 1918, mais l’Armistice
survenant le 11 novembre, on s’empressa de dissimuler cette avancée de
la protection pour la conserver secrète.
Lebeau travailla aussi à rendre le
charbon actif plus performant. Le 4 mai 1918, il proposa une nouvelle
formule qui augmentait la protection contre le phosgène, et contre le
chlorure de cyanogène qui pouvait être utilisé par les Allemands à
tout moment. Il substitua la soude à une partie de carbonate de sodium et
ajouta du permangante de potassium en petite quantité, selon la formule :
·
ZnO : 20 parties
·
Carbonate de sodium : 15 parties
·
Charbon pulvérisé : 15 parties
·
NaOH : 5 parties
·
Permanganate de potassium : 1
partie
·
Eau : Q.S.P. obtenir une pâte.
La nouvelle formule sera mise en place
immédiatement. On ajoutera également, suite au travail de Lebeau, une
couche de coton hydrophile au fond de la cartouche pour arrêter les
arsines.
Le travail de Lebeau ne se bornera pas
uniquement à la mise au point des substances de protection. En mars 1918,
il proposa de mettre au point une pochette de protection permettant de
conserver une cartouche de rechange de l’ARS. L’ECMCG en proposera, un
mois plus tard, deux types différents confectionnés avec des anciens
sacs S2 et des étuis pour tampon TN. Les modèles semblaient
satisfaisants, mais le système d’attache fut jugé défectueux. Les études
seront reprises par Lebeau et furent menées à bien. L’ECMCG souleva
aussi un problème en mai 1918 : les tôles servant à confectionner
les étuis métalliques protégeant l’ARS étaient trop fines et la
rigidité de la boîte n’était pas suffisante. Lebeau, en coordination
avec l’ECMCG, proposa le 31 mai l’ajout d’une ceinture de 35 mm de
largeur sur le sommet du cylindre, sur laquelle étaient agrafés les
passants des charnières et du couvercle. La modification qui apportait la
rigidité nécessaire sera adoptée.
L’ARS fut reconnu comme le meilleur
de tous les appareils de protection de l’époque. Pendant la période
des hostilités, 5 270 000 exemplaires seront manufacturés, et la
production continuera après guerre.
Voir : Chapitre IV, L'apparition
de l'ARS.