Masques Tissot
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Les appareils Tissot.

Le Tissot grand modèle 1916.

Le docteur Tissot était l’inventeur d’un appareil respiratoire isolant destiné aux secours dans les mines et qui servait avant guerre depuis 1907. Ces appareils seront d’ailleurs récupérés dès la fin du mois d’avril 1915 pour être envoyés aux armées. Cela resta tout de même anecdotique puisque seulement 250 exemplaires existants seront utilisés. En 1915, après l’apparition des gaz de combat, Tissot se pencha sur la fabrication d’un nouvel appareil destiné à la protection contre les gaz. Ses recherches aboutirent dès la fin de l’année à un engin constitué par un masque en caoutchouc muni d’une soupape identique à celle de son précédent appareil. La filtration était assurée par un bidon métallique rectangulaire contenant deux couches de substance : une première constituée par de la paille de fer sur laquelle est répartie de la potasse et une seconde couche constituée par des copeaux de bois imbibés du mélange ricin-ricinate. La cartouche filtrante était portée sur le dos. En haut de celle-ci, une ouverture permettait de visser le départ du tuyau d’air reliant la partie filtrante au masque. Sur le fond se trouvait un orifice d’arrivée d’air obturé par un bouchon de caoutchouc. Son prototype sera donc envoyé à la Commission et les différents membres procéderont à un essai au laboratoire de Lebeau le 8 janvier 1916. C’est Dopter qui rentrera dans la chambre d’essai infectée par du phosgène et du bromure de benzyle. Aucune gêne ne sera observée et on ajoutera à l’atmosphère de la bromacétone[1]. Ce n’est qu’au bout de 20 minutes que, sentant un léger picotement aux yeux, l’expérimentateur sortira de la pièce ne jugeant pas nécessaire de prolonger l’essai. Le confort de l’appareil était excellent, notamment au niveau de la vision. En effet, Tissot avait cherché à éviter la formation de buée sur les vitres de verre en refroidissant la face interne des oculaires par un système ingénieux : à chaque inspiration, l’air arrivait dans le masque par deux conduits débouchant au bas des oculaires, si bien que ceux-ci étaient périodiquement balayés par une nappe froide. La respiration était aisée, la soupape d’expiration se trouvant directement sur le masque de manière à réduire l’effort à l’expiration. A l’intérieur du masque et dans sa partie inférieure, un écarteur à deux branches empêchait l’affaissement du masque à l’inspiration. Un deuxième essai sera mené le 14 janvier en plein air à Satory où Tissot sera convié. Celui-ci se promènera dans une vague de phosgène, de chlore et de fumigène, à 50 mètres des bouteilles d’émission. D’ailleurs, Lebeau souhaitant faire la comparaison avec le tampon TN le rejoindra, muni de cet appareil, sans ressentir le moindre problème.

De ces deux essais, il apparaissait nettement que le Tissot était un excellent appareil. La Commission proposa donc de poursuivre la mise au point de l’engin, non pas pour le substituer au masque, mais pour remplacer les appareils à oxylithe ou les Draeger. Ces deux types d’engin, dont nous reparlerons plus loin, permettent de rester dans une atmosphère très concentrée, puisqu’ils fonctionnent en circuit fermé. Leur principal inconvénient est leur durée d’emploi qui ne peut guère dépasser une demi-heure. Le Tissot présentait donc un réel avantage, mais il fallait encore vérifier qu’il répondait bien à ces attentes et aussi établir à quels gaz s’étendait sa protection. C’est tout naturellement Lebeau qui entreprit les recherches. Suivant les concentrations de gaz, l’appareil pouvait fonctionner jusqu'à 50 heures avant d’être épuisé, et 30 heures dans des conditions extrèmes. Il protégeait contre tous les gaz utilisés, mise à part la papite1. L’appareil est donc considéré comme l’un des meilleurs ayant été proposé, et la Commission décide la mise en fabrication de 1000 exemplaires afin de poursuivre les recherches et d’émettre un avis définitif.

Le 29 avril 1916, l’avis sera tranché. A cette date, 450 appareils avaient été fabriqués et 50 étaient à l’essai dans une compagnie Z chargée de l’émission des gaz. Unanimement, le Tissot sera adopté. Les masques commenceront à être livrés à partir du mois de juillet. L’appareil était rangé dans une caisse en bois rectangulaire car il n’était pas destiné à être porté en position d’attente par un homme. Il constituait un appareil de secteur qui restait en place dans un poste déterminé (PC, mitrailleuse sous casemate, guetteur sous cloche blindée…).       30 000 appareils de ce type seront produits.

Lebeau réalisera une cartouche additionnelle remplie de sciure de bois qui se vissait sous le bidon filtreur, au niveau de l’entrée d’air. Cette cartouche comportait un raccord fileté sur sa partie supérieure, et une fermeture par tenon et baïonnette sur sa face antérieure. Elle permettait une protection contre les substances fumigènes. Il était cependant nécessaire de la tremper pendant 5 minutes dans l’eau avant usage pour l’humidifier. Lebeau entreprit également de modifier le Tissot pour le rendre actif, vis-à-vis de la papite. Dès le mois d’août 1916, il proposa de modifier la couche de copeaux de bois imbibés de ricin-ricinate par une couche de charbon de bois. Ces recherches seront menées en parallèle avec celles d’un nouveau masque à cartouche filtrante contenant elle aussi du charbon de bois. La nature du bois à employer et la préparation du charbon devaient être fixés minutieusement. L’ensemble des recherches de Lebeau sur ce sujet aboutiront à la fin de 1916 et le nouveau Tissot chargé de charbon sera adopté le 10 mars 1917. Les anciens modèles porteront comme marque distinctive une étoile noire à 5 branches, peinte sur la face supérieure du bidon, et les nouveaux une étoile jaune. La nouvelle couche sera en plus humidifiée pour assurer la protection contre l’opacite (fumigène). Ces nouveaux engins apparaîtront à la fin du mois de juin 1917. La couche de charbon cessera rapidement d’être humidifiée et Lebeau remplacera ce mode de filtration des fumigènes par une cartouche additionnelle cylindrique constituée par du charbon humidifié, se vissant sous le bidon. Ces cartouches portaient alors un raccord fileté sur chacune de leur base et étaient peintes en jaune pour les distinguer des premières. Elles assuraient en outre une meilleure protection contre l’acroléine. Elles apparaissent à leur tour en août 1917. A la fin de l’année 1916, on ajouta un protège-soupape à la soupape d’expiration, pour lui éviter d’être endommagée. Toujours grâce à Lebeau, un nouveau perfectionnement sera apporté à la fin de l’année 1917. Le masque en caoutchouc ayant tendance à laisser filtrer les matières lacrymogènes au bout d’un certain temps, certains exemplaires seront donc fabriqués de la même façon que le nouveau masque ARS : le caoutchouc sera remplacé par une double épaisseur de tissu caoutchouté et de tissu imprégné d’huile de lin cuite. Ces nouveaux masques seront disponibles en trois tailles différentes. Puis on réalisa une nouvelle cartouche additionelle, identique à celle chargée en charbon, mais à laquelle on avait ajouté du coton hydrophile pour arrêter les arsines. Elle sera distribuée dès le début de 1918 et comportait une marque distinctive peinte en rouge.

En janvier 1918, Lebeau entreprit de remplacer la soude qui imbibait la paille de fer par de la chaux sodée, pour éviter un accident qui se produisait parfois. En effet, il arrivait que la soude se mette à couler sur le porteur de la cartouche par l’orifice d’arrivée d’air, lui infligeant de graves brûlures. La modification sera effective à l’été 1918. En outre, sur les bidons ancien modèle chargés de soude, fut peinte l’inscription : « N’oubliez pas de purger le bidon après chaque usage pour éviter l’écoulement du liquide brûlant les habits ».

Plus de 100 000 exemplaires de Tissot grand modèle furent fabriqués jusqu'à l’Armistice en 1918. L’E.C.M.C.G. assurera la fabrication de Tissot particuliers destinés à la protection du personnel dans les industries chimiques de guerre. Il apparaîtra un Tissot pour vapeurs nitreuses appelé P.V.N. puis un modèle destiné aux poudreries.

Le petit Tissot modèle 1917.

Le masque Tissot se révélera plus efficace que le M2 alors en dotation. Mais son encombrement empêchait aux hommes de se déplacer avec aisance. L’idée de fabriquer un Tissot plus léger et plus petit que l’on pourrait transporter en permanence s’imposa très rapidement, d’autant plus que l’escalade à la guerre chimique ne cessait de progresser. Du côté allemand, en parallèle à l’utilisation de la surpalite, on chargea des obus T de 150 mn d’un mélange de substances lacrymogènes dont les effets semblaient plus importants que ceux des constituants pris à part. De même, l’utilisation de dérivés dibromés de cétone se généralisait à la place des dérivés monobromés moins efficaces. De leur côté, les Français introduisaient sur le champ de bataille à la fin de l’année 1916 un lacrymogène puissant et toxique, le chlorosulfate d’éthyle ou sulvinite.

Tissot fut donc sollicité par la Commission pour fabriquer un modèle plus petit facilitant un usage plus général de l’appareil. Fin novembre 1916, il proposa son prototype, peu différent de son grand frère, si ce n’est par la taille de la cartouche filtrante, et par quelques détails mineurs. Le masque se fixait au tuyau de la cartouche filtrante par une attache se fixant rapidement grâce à un ressort canette. Le tout était protégé par une caisse en bois triangulaire qui se portait en bandoulière. Lebeau procédera à différents essais, sur la nature des différents gaz contre lesquels l’appareil protégeait, mais aussi sur la fiabilité de l’engin. Celui-ci sera jeté violemment à terre de nombreuses fois, puis martelé et piétiné. Rien n’y fera, la performance du Tissot ne sera pas mise en défaut. Le 2 décembre 1916, la Commission adoptera le nouveau modèle ; restait donc la mise au point du chargement de la cartouche qui sera assuré par Lebeau, et qui aboutira en parallèle avec le chargement du grand Tissot et du nouveau masque ARS. Le bidon filtreur sera chargé de charbon actif et de paille de fer imprégnée de potasse. Les premiers exemplaires arriveront à l’ECMCG le 27 mars 1917. La filtration était assurée par sept couches de gaze imprégnées de soude, et d’un chargement de charbon actif retenu entre deux grilles métalliques poussées par des lames-ressort. Mais la protection qui était alors excellente sera mise à défaut par l’introduction des arsines allemandes en été 1917. Le chlorure de diphénylarsine traversait les compresses et le charbon. Lebeau détermina que seul le coton hydrophile permettait d’arrêter ces substances, et une cartouche additionnelle chargée en coton, de même section que l’appareil et se fixant par le biais de deux sangles fut produite et distribuée début 1918. La forme de la caisse de l’appareil changea pour devenir rectangulaire et pour y introduire la cartouche supplémentaire. A l’été 1918, la soude imprégnant la paille de fer fut remplacée, comme dans le Tissot grand modèle, par de la chaux sodée. Les nouveaux bidons se distinguaient des anciens par l’absence de trous de vidange à leur base, et ne comportaient pas de bande rouge.

 

 

 

 

A gauche : Appareil Tissot petit modèle. 

A droite : Nomenclature des pièces détachées de l'appareil Tissot petit modèle. Remarquer, en bas, la cartouche additionnelle.

En bas, détail du mode d'attache de l'appareil Tissot.

 

Jusqu'à la fin de la guerre, le Tissot petit modèle prendra une importance croissante dans l’éventail de la protection. En octobre 1918, on décida de remplacer définitivement la production de Tissot grand modèle par celle du petit modèle. La fabrication du premier fut stoppée et celle du second activée. A l’Armistice, 590 000 exemplaires auront été fabriqués et toutes les productions cesseront.

 

Ci-dessus, deux belles photographies du Service de Santé du 166e R.I., dans un abri souterrain. On distingue un appareil Tissot petit modèle et un appareil Draeger.

[1] Qui constituait à cette date un toxique excessivement difficile à retenir au travers des appareils filtrants.

1 Nom de code de l’acroléine ; action lacrymogène, toxique et suffocante. Chargée en obus dès le début de l’année 1916 par la France.

 

 

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