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La genèse des premiers moyens de protection.

Plan : 

A) L’organisation française au lendemain de la première attaque au gaz.

B) L’évolution des premiers appareils de protection contre le chlore.

C) La diversification des substances agressives et de leurs moyens de dispersion.

 

 

 

A) L’organisation française au lendemain de la première attaque au gaz.

L’attaque au gaz d’Ypres, comme le souhaitait l’état-major allemand, prit les armées alliées complètement au dépourvu. Après le temps de l'indignation et de l'émoi provoqué par l'utilisation d'un procédé jugé comme illégal, les autorités alliées organisèrent très rapidement les moyens d'une riposte. Les premières attaques par vagues, avaient intoxiqué et tué un grand nombre de soldats, sans pour autant permettre aux allemands d’obtenir un résultat probant (voir : La seconde bataille d'Ypres). Les autorités militaires se sentaient particulièrement vulnérables, confrontées à un nouvel ennemi sans visage, dont personne n'osait ou ne savait évaluer la puissance. Malgré l’utilisation depuis le début de l’année 1915 des premières substances lacrymogènes, la France n’avait rien prévu, ni pour la protection de ses soldats, ni pour une éventuelle réplique.

Le plus pressant fut de fournir un moyen de protection efficace à l’armée, pour éviter une nouvelle catastrophe. Mais pour cela, il aurait fallu savoir en premier lieu contre quoi se protéger, car personne chez les Alliés ne savait alors avec précision quel gaz les Allemands avaient utilisé à Ypres. Il n’existait  même pas d’organisme scientifique à qui confier la lourde tâche de l’aménagement des recherches sur cette question. Une autre priorité était donc d'organiser les conditions de ces recherches en les articulant autour de deux axes, celui de la défense et celui de la réplique.

Le général Curmer, de la Section technique du Génie, était depuis le début de la guerre, chargé d’étudier toutes les propositions d’armes nouvelles comme les lance-flammes, les mortiers, ainsi que les moyens de protection de la troupe, comme les cuirasses. Dans l’urgence, le général en chef lui demanda de se mettre en relation avec les personnalités qu'il jugerait comme les plus qualifiées pour mener à bien les recherches. Les premières personnes à qui s’adressa Curmer furent André Kling, directeur du laboratoire municipal de la ville de Paris, et Gabriel Bertrand, chef de service à l’Institut Pasteur. Tous deux avaient déjà étudié les substances lacrymogènes et suffocantes et semblaient les plus à même pour débuter les recherches. Le 23 avril, Kling fut convoqué par le général Foch qui lui confia la responsabilité de l'enquête à Ypres. Le lendemain, il fut chargé de la même tâche, par ordre du Ministre de la Guerre et de celle de procéder de façon systématique à l'étude de toutes nouvelles armes chimiques utilisés par l'ennemi. 

En haut :

Extrait du rapport du pharmacien major de deuxième classe Didier, du 22 avril 1915 ; dessin du bâillon utilisé par les troupes allemandes lors de l'attaque su Ypres.

 

 

 

 

 

 

Le 24 avril, les premiers renseignements en provenance du front de l'Yser arrivaient à Paris, adressés par les formations sanitaires de l’avant. Plusieurs bâillons furent trouvés sur des prisonniers allemands, et on chercha, en premier lieu, à les copier pour se protéger au plus vite. Au moins deux types d’appareils protecteurs furent utilisés par les Allemands, pour préserver leurs troupes. Le premier, de conception fort simple, était une simple enveloppe de tulle rectangulaire, mesurant environ 9 cm sur 17, remplie de déchets de coton. Deux cordonnets, fixés à chaque coin de l’enveloppe, permettaient de le maintenir sur le visage, en nouant les liens derrière la tête. Ce bâillon était protégé par une enveloppe en toile caoutchoutée, mesurant 10x17 cm, qui empêchait la dessiccation de la solution neutralisante. C’est ce modèle que l’on choisit de copier, en raison de sa simplicité qui devait permettre de le produire au plus vite. Le second appareil utilisé par les Allemands était plus complexe, et semblait avoir été emprunté à l’industrie chimique. Il était en caoutchouc blanc ou noir, ayant la forme d’un cône tronqué. La petite base était percée de sept trous circulaires ; l’autre base s’appliquait contre la figure. Derrière les trous était fixé une feuille de mousseline, qui retenait deux feuilles de coton hydrophile, renfermant de l’hyposulfite de soude en petits cristaux. Une soupape expiratoire était située sur le dessus de l’appareil, à gauche. Une sangle élastique permettait de la maintenir sur le visage.

Le 25 avril, la décision fut prise par le Ministère de la Guerre d'entreprendre immédiatement la fabrication d'une protection respiratoire. La Section technique du Génie fut chargée de la confection des bâillons et réquisitionna la main-d’œuvre féminine des Grands Magasins de nouveautés de Paris. Le bâillon fabriqué mesurait approximativement 8x12 cm, était constitué par une enveloppe de toile ou de gaze cirée, remplie de gaze, de déchets de coton ou d’ouate plus ou moins hydrophile (selon les ressources alors disponibles). Aucune solution neutralisante ne fut arrêtée et le bâillon restait simplement humidifié pour retenir le chlore, en l'attente de mieux. De leur côté, les Directions des étapes et services de chaque armée, furent chargées d’utiliser toutes les ressources locales pour obtenir la production rapide de plusieurs milliers de bâillons du même type. Ceux-ci étaient destinés à être plaqués sur la bouche, la respiration se faisant au travers. Le jour même, il fut décidé d’en produire 100 000, et les premières instructions sommaires destinées à la protection des troupes furent transmises au front.

 

Ci-dessus : rapport du pharmacien aide-major Didier.

La nature du gaz utilisé par les Allemands n’était toujours pas connue à Paris dans les jours suivant le 22 avril, et de ce fait, aucune substance neutralisante ne fut proposée ; le bâillon était simplement humidifié. Le G.Q.G. pensa, dans un premier temps, qu’il s’agissait d’acide sulfureux, Bertrand et Kling penchaient pour de l’oxychlorure de carbone. Le 25 avril, Kling se rendit sur place pour obtenir plus de précisions. Un pharmacien, le caporal Launoy, du laboratoire de la 10e  armée, avait analysé dès le 22, une des compresses trouvée sur un prisonnier allemand et son rapport arrivait ce même jour à Paris. Il décrivait la solution neutralisante allemande : un mélange d’hyposulfite de soude et d’hydrate alcalin fixe, dans une solution de glycérine. Celle-ci fut donc immédiatement copiée et communiquée à l’ensemble de l’armée. En outre, le caporal Launoy précisait que la substance utilisée comme gaz par les allemands semblait être du chlore. Un autre rapport, rédigé le 22 avril par le pharmacien–major de deuxième classe Didier, du 36e C.A., conclut également qu'il s'agissait de chlore. Le 26 avril, ce fut Gabriel Bertrand qui, dans une lettre adressée au général Curmer, rapportait qu’il s’agirait vraisemblablement de chlore. Il précisait que l’industrie allemande en produisait en grande quantité et le vendait avant guerre à l’état liquide et sous pression dans de grands cylindres d’acier. Le GQG transmit aux armées ce même jour, toutes les mesures prioritaires à engager pour se prémunir des effets des attaques par les gaz. Enfin, le 27 avril, Kling établissait à son tour, avec l’ingénieur du Génie maritime Cartier, qu’il s’agissait bien de chlore. Démunit de toute solution efficace de protection, il proposait d’utiliser, en plus du bâillon humide, des pétards de poudre noire, qu’il suffirait, selon lui, d’envoyer directement sur la vague, quand celle-ci aborderait la tranchée. Cette proposition, pour le moins étonnante, montre à quel point la question de la protection prenait au dépourvu les autorités militaires.

Baillons français.

 

Le général Curmer se rendit au ministère (4e direction) et proposa au général Chevalier de constituer une commission réunissant quelques savants, pour envisager au plus vite les moyens de protection et de riposte. Celui-ci accepta en principe l’idée, mais préféra une simple réunion à une commission permanente[1]. Cette regrettable opposition à la constitution d’une structure rationnelle, à la fois civile et militaire, sera à l’origine d’un manque cruel de centralisation des moyens de lutte contre les gaz, qui devait durer jusqu'à la création des services chimiques au mois de juillet 1915. Jusqu'à cette date, le sous-secrétariat de l’artillerie et des munitions entendait bien étendre son domaine d’attribution aux questions relatives aux gaz asphyxiants.

Tout fut mis en oeuvre pour mettre sur pied rapidement, les mesures relatives à l'étude d'une riposte chimique. Le général Curmer convoqua donc, dans une réunion qui devait avoir lieu le 28 avril, au siège du comité du Génie : Messieurs Haller, Gauthier et Deslandres (ce dernier en tant que météorologiste), tous trois membres de l’Institut Pasteur, monsieur Kling, du laboratoire municipal, monsieur le professeur Bertrand, pharmacien de l’institut Pasteur, monsieur Urbain, professeur à la Sorbonne, monsieur Chaumat, sous-directeur de l’Ecole supérieure d’Electricité, monsieur le médecin principal de deuxième classe Arnauld, le colonel Mourral, de la Section technique du Génie, le lieutenant-colonel Jouhgandeau, de la Section technique de l’Artillerie, et enfin plusieurs représentants de l’industrie chimique. A ce stade, personne parmi les scientifiques et les militaires engagées dans cette réflexion, ne semblait avoir connaissance des recherches et des études menées avant guerre par Nicolardot.

Les questions abordées à cette réunion concernaient en premier lieu les éventuels moyens de riposte dont pouvait disposer la France, évalués grâce à un mémoire rédigé par Chaumat, provenant d’une étude succincte réalisée avant-guerre. Il permit de discuter les propriétés des corps les plus intéressants et d’envisager les moyens de production. Les différents membres ne purent que constater la quasi ’inexistence de l’industrie chimique en France, tout restant à créer pour obtenir la fabrication industrielle de substances agressives. Pour la protection contre les gaz, il fut décidé de porter la commande de sachets1 protecteurs de 100 000 à plus d’un million d’exemplaires, pour en distribuer à toutes les armées au plus vite. La première livraison sera de 150 000 pièces et ce sera l’armée du Nord qui en bénéficiera le 12 mai. Les autres armées les recevront à partir du 22 mai, soit plus d'un mois après l’attaque de Langemarck. On proposa aussi d’utiliser, pour les hommes qui se trouvaient à des postes importants, comme les mitrailleurs et les officiers, des appareils respiratoires du genre de ceux proposés dans le livre de l’officier de l’Ecole des Mines, type Maurice-Fernez ou autres. Il s’agissait alors des seuls appareils respiratoires dont on connaissait l’existence.

 

Rapport Chaumat du 27 avril 1915

 

De son côté, l’ingénieur en chef des Mines Weiss, directeur des Mines au ministère des Travaux publics et lieutenant-colonel d’artillerie territoriale, se présentait de lui-même au G.Q.G., en proposant de mettre à la disposition de l’armée tous les appareils respiratoires existant dans les centres miniers de France. Dans la nuit du 28 avril, tous ces appareils respiratoires genre Tissot et autres, auparavant utilisés pour les secours miniers, furent envoyés à Paris. Le 30 avril dans la soirée, 10 appareils Tissot et quelques autres, dont on ignore le genre, furent envoyés dans le Nord à la 10e armée. Ce n’était bien sûr qu’une goutte d’eau dans la mer, mais ce furent les premiers appareils envoyés de l’intérieur aux Armées. Le convoi transportait aussi 2 800 grenades suffocantes et 3 500 grenades Bertrand. Cela ne risquait pas d’impressionner l’Allemagne et son industrie chimique, mais, faute de mieux…

Fantassins munis de baillons et de lunettes de protection du type ECMCG, juillet 1915.

Par la suite, il fut nécessaire de procéder à des essais sur la substance neutralisante qui avait été adoptée. Etait-elle suffisamment protectrice vis-à-vis du chlore, et quelle devait être sa composition exacte ? Kling et Bertrand s’en chargèrent pour arrêter définitivement sa composition le 8 mai 1915. Dans certains corps de troupe, en l’attente de la livraison des premiers bâillons, une note destinée à l’ensemble de l’armée et concernant la protection contre les gaz fut diffusée le 11 mai :

 « On peut employer contre le chlore certaines substances imbibées d’eau, comme la paille de céréales, le foin grossièrement découpé, le jute, le crin végétal… On les trempe dans l’eau pendant quelques heures, puis on les applique contre le nez et la bouche avec un mouchoir. »

Baillons et lunettes en caoutchouc, juin ou juillet 1915.

Il est bien évident que ce genre de mesure n’avait que peu d’efficacité, mais la production, puis la livraison des premiers moyens de protection devaient mettre un certain temps pendant lequel les hommes sur le front étaient entièrement à la merci d’une nouvelle attaque au chlore. Les offensives chimiques dans le secteur d’Ypres, se succèdèrent d’ailleurs dans les 15 premiers jours de mai. Pas moins de quatre opérations du même type, avec emploi de plus en plus marqué d’obus T, euren lieu. Puis, une bien plus importante se déroula dans la nuit du 23 au 24 mai, commençant à 2 heures 45 du matin, et continuant sans interruption apparente jusqu'à 7 heures. La nappe de gaz formée parue beaucoup plus importante que les précédentes, plus dense et plus concentrée. Les Allemands firent également usage d’un nombre de plus en plus élevé d’obus T. Les appareils protecteurs « rendirent de grands services », selon les termes officiels. En réalité, ils n’apportaient qu’une protection de l’ordre de quelques minutes, dans les fortes concentrations de chlore obtenues en première ligne.

 

De son côté, l’armée anglaise suivait le même chemin quant à l’élaboration des premiers moyens de protection. La solution d’hyposulfite allait également être copiée sur celle utilisée par les Allemands. A la fin du mois d’avril, les Anglais sollicitèrent leur population pour la fabrication rapide de plusieurs milliers de bâillons rudimentaires. Le 25 avril, le ministre de la guerre anglais, demanda à la population du Royaume-Uni, par voie d’appel, de lui fournir des appareils destinés à protéger les soldats ; il en fallait environ 500 000. Deux types de confection furent sollicités : la première était un simple tampon d’ouate, recouvert de trois couches de gaze. Le masque était retenu sur le visage par une bande élastique ; c’est le respirateur n°1. La deuxième était formée d’un morceau de stokinette double et d’une attache tressée qui s’attache derrière les deux oreilles. Le masque portait le nom de respirateur n°2. Le 29 avril, 500 000 appareils furent récupérés et ainsi expédiés au front. Puis, début mai, deux autres types d’appareils furent produits pour être imbibés de solution d’hyposulfite. Le lieutenant colonel De la Panouse, attaché militaire à Londres, les décrit dans une lettre datée du 7 mai 1915. Le premier est une cagoule de protection, alors appelée ''casque protecteur'' : « Le casque est de forme assez large, de la forme des casques de scaphandriers, et fait en flanelle ''Viyella'' khaki, imbibée de la même solution que les appareils respiratoires. Les ouvertures pour les yeux sont recouvertes de talc ». Le second, appelé ''Black Veil Respirator'', est une sorte de compresse retenue par un morceau de tulle noir: « Les appareils respiratoires consistent en un voile noir de 90x45 cm, avec une poche de 20x10 contenant de l’étoupe imbibée de la solution suivante :hyposulfite de soude, carbonate de soude et glycérine. Ces appareils se trouvent dans des sacs imperméables pendus au cou. Pour en faire usage, on l’attache sur la bouche et le nez avec un seule épaisseur de voile sur les yeux ».

 

Masques rudimentaires anglais : Black Viel respirator

Pour les Français, ces appareils paraissent être plus commodes que le bâillon. Ils allaient s’inspirer des modèles anglais pour améliorer leurs moyens de protection.

 

 

 

B) L’évolution des premiers appareils de protection contre le chlore.

1) Les premières modifications apportées aux bâillons et les premiers appareils de protection.

Ainsi, moins de 10 jours après la première attaque allemande aux gaz asphyxiants, les recherches concernant la protection contre était engagée et la production des masques débutée. Mais très vite, les moyens de protection adoptés montrèrent leur inefficacité.

Les 1er, 2 et 9 mai, de nouvelles attaques par vague de chlore eurent lieu à Ypres, principalement sur le secteur occupé par les Anglais. Les tampons faits en hâte avec les matières premières disponibles, insuffisamment surveillés à la réception, ne donnèrent pas les résultats attendus. Ils étaient trop petits et ne couvraient pas suffisamment les voies respiratoires, si bien que la respiration pouvaitt se faire sans passer par le bâillon si on ne l’ajustait pas convenablement. La durée de protection était également trop faible. Aussi, la plupart n'étaient pas suffisamment imprégnés de solution neutralisante, car la matière à l’intérieur de la gaze n’absorbait pas le liquide. On la remplaça par du coton, mais celui-ci avait tendance à se resserrer dans l’enveloppe quand il était mouillé. On remarqua également que le coton humide ne laissait que très difficilement passer l’air. Autre problème, les premiers tampons envoyés n’étaient pas toujours contenus dans des sachets protecteurs, faute de tissu imperméable pour les confectionner. Ils se dégradaient rapidement et surtout, séchaient à l’air libre et devenaient inefficaces. Ces défauts furent à l’origine de nombreuses nouvelles intoxications. Par la suite, pour pallier au manque de toile imperméable qui constituait ces fameuses enveloppes, il fallut envoyer des tampons dans des protections faites en simple toile ou en toile huilée. Par exemple, les premières pochettes ne furent envoyées à la 10e armée  qu’au début du mois de juillet! Et encore, il en manquait 150 000, et leur taille était trop petite pour contenir les premiers bâillons reçus, qui avaient été modifiés par la 10e armée en doublant l’ancien contenu des enveloppes.

André Kling, qui poursuivait ses visites sur le front, rédigea à l’attention de la Commission, un rapport daté du 25 mai sur les appareils de protection. Il insistait sur le fait qu’il fallait impérativement doter toutes les troupes de bâillons ou de cagoules. En effet, il avait constaté que les masques ne constituaient pas toujours une dotation personnelle, mais que ceux-ci étaient disposés en première ligne et que les hommes se les échangeaient à la relève. Il précisait surtout que le bâillon devait être très large et que la cagoule, en tissu fin et spongieux ou en sorte de flanelle, semblait lui être préférable.

La solution pour augmenter la durée de protection des appareils et pour faciliter leur mise en place s’imposa d’elle-même A la date du 27 mai, sur proposition du général en chef, les Français décidèrent donc de modifier leur taille, en les agrandissant à la dimension de 13x25 cm et en les garnissant d’étoupe, à défaut de toute autre substance. Le nouvel engin s’appellerait désormais compresse. Les premiers types de compresses allaient rapidement être produits, aussi bien au front par les armées que par la STG à Paris. Encore une fois, la précipitation dans la détermination du modèle à produire, allait démontrer ses faiblesses. Le mode d’attache, assuré par deux liens fixés aux coins du rectangle de tulle, était particulièrement fragile et se rompait lorsqu’on exerçait une traction violente sur celui-ci. Kling, dans un rapport daté du 5 juin 1915, précisait également : « L’étoupe doit être fixée à l’enveloppe par quelques fils pour l’empêcher de former des boules ou de s’effilocher ». Pour supprimer ces inconvénients, un deuxième type de compresse fut rapidement produit, en remplaçant les liens latéraux par deux rubans, de largeur au moins égale à celle de la compresse à son niveau, et diminuant vers les extrémités. L’étoupe fut retenue dans l’enveloppe par plusieurs points de fil, rendant les deux éléments solidaires.

 

La protection chimique contre le chlore que conférait la compresse fut jugée très acceptable. Le chlore, ayant une aptitude réactionnelle très grande, la réaction était rapide avec l’hyposulfite de soude[2] :

Na2S2O3 + 4Cl2+ 5H2O à Na2SO4 + H2SO4 + 8HCl

Pour neutraliser les acides sulfurique et chlorhydrique à mesure de leur formation, on ajouta du carbonate de soude à la solution, et enfin de la glycérine permetant de garder le tampon humide. Certains bâillons seront colorés au méthylorange pour indiquer à quel moment les substances neutralisantes étaient épuisées, en colorant la compresse en rouge, lorsque les dernières portions d’hyposulfite avaient été décomposées par le chlore et que les acides devenaient libres.

Le 19 mai, la totalité des appareils provenant des mines fut récupérée. De modèles variés, leur nombre n’etait que de 210, alors que toute les armées en réclamaient. Et encore, 60 d’entre eux devaient être réparés avant utilisation. Pour combler ce vide, il fut décidé de commander des appareils Fernez, puisqu’ils pouvaient servir à la protection contre le chlore. L’appareil était constitué d’une boîte en fer, fermée par un couvercle à vis : le barboteur. Elle était retenue sur la poitrine par une attache passant autour du cou. Un tuyau la reliai aux voies respiratoires via un embout buccal. A l’inspiration, l’air passait dans la boîte métallique et barbotait dans une solution d’hyposulfite et de carbonate de soude que contenait le réservoir. Un tube de caoutchouc aplati, fixé sur l’embouchure, servait de soupape. Le système semblait alors simple et peu coûteux à produire.

 

2) Les premières cagoules.

Le modèle de cagoule adopté par les Anglais semblait donner de bons résultats, aussi fut-il décidé d’en produire, en plus des bâillons. La Section technique du Génie demanda donc au lieutenant-colonel de la Panouse, attaché militaire à Londres, de commander d’urgence 30 000 mètres de flanelle Viyella kaki, la même que celle utilisée pour les cagoules anglaises, servant d’ordinaire à fabriquer des chemises, et qui seule permetait de confectionner des cagoules efficaces. En attendant la livraison, la S.T.G. tentait la fabrication avec tous les tissus qu’elle avait sous la main et en essayant plusieurs modèles différents. Le 18 mai, une note fut envoyée aux Armées :

« En plus des moyens de protection contre l’action de gaz asphyxiants indiqués précédemment, il sera distribué aux armées des cagoules. Ce sont de simples sacs en flanelle ou en toile percés d’une ouverture à hauteur des yeux ; cette ouverture est fermée par une plaque transparente de matière spéciale. Le sac est assez grand pour pouvoir englober la tête recouverte du képi ; il peut être fermé hermétiquement à la partie inférieure en l’introduisant sous la capote ou la veste que l’on boutonne par-dessus. En temps ordinaire, il peut se porter roulé en turban autour du képi. La respiration s’effectuant au travers du tissu de la cagoule, il est nécessaire de la plonger au préalable tout entière dans la solution d’hyposulfite indiquée précédemment.

Certaines cagoules comportent en outre un tampon à appliquer sur la bouche et les narines, après l’avoir trempé dans la même solution ».

La cagoule fut envoyée dans une enveloppe imperméable (si possible), que l’on fixait simplement avec des tresses aux bretelles de suspension de l’équipement ou à l’intérieur de la tunique. Le 21 mai, 8000 cagoules furent envoyées à Dunkerque, puis le lendemain 40 000 envoyées aux autres armées.

Sur le front, la cagoule était particulièrement appréciée, notamment pour sa facilité d’utilisation. Au début du mois de juin, 2 millions de cagoules furent commandées à la S.T.G. par l’ensemble des armées ; situation bien embarrassante pour celle-ci, puisque les Anglais, qui faisaient uniquement usage de leur flanelle pour leurs appareils de protection, refusaient d’en livrer en France, de peur de ne pas en avoir suffisamment. Dans l'attente des livraisons, certains corps de troupes décidèrent de se débrouiller par eux-mêmes et se lançaient dans la fabrication de cagoules. Le général Malcor, de la Direction des étapes et services, s’intéressa alors de près à ce genre d’initiative pour les encourager, et proposa un de ces modèles à la Commission pour qu’elle puisse juger de son efficacité: « Certains corps ont fait confectionner avec de la flanelle de coton de couleur bleu clair, qui s’imbibe facilement du liquide préservateur, et dans lesquelles un élastique intérieur, monté sur les bords même de la plaque transparente (en mica ou Celluloïd) maintient cette plaque en face des yeux ». La Commission n’était alors pas défavorable à ce type d’engin, et la D.E.S. se chargeât d’étudier la confection de ces cagoules ou de proposer ce modèle aux armées. C’est ainsi que, dans la plupart des secteurs, les G.B.D1, les laboratoires divisionnaires ou toutes autres formations sanitaires, se hâtaient de fabriquer des modèles de cagoule de tous les genres, aux finitions inégales. La protection qu'elles apportaient dans une vague de chlore était souvent toute relative. Voir Les premières cagoules.

 

 

3)La poursuite des études sur la protection contre le chlore.

a) La protection des yeux.

Le problème de la protection des yeux fut rapidement exposé. Les 90 000 paires de lunettes commandées quelques mois auparavant n’étaient pas suffisantes. Le 11 mai, la Section technique du Génie commanda donc 400 000 paires de lunettes supplémentaires dont 50 000 à garniture en caoutchouc. L’essentiel de cette commande fut passé auprès des seuls fabricants qui proposaient alors ce genre d’article, Houzelle et Hutchinson, avant qu’il ne soit encore question d’un modèle spécial fabriqué pour le compte de l’armée. De leur côté, les Armées passèrent divers contrats avec de nombreux fabricants. Le G.Q.G. réagira d’ailleurs très vite, car de nombreux officiers descendaient à Paris passer marché au compte de leur armée, auprès des mêmes fournisseurs que le ministère, sans hésiter à surenchérir pour obtenir une livraison plus rapide. Car, seulement 3000 paires pouvaient être produites par jour sur le territoire pour l’instant, ce qui voulait dire que de nombreux secteurs du front n’en seraient pas munis de si tôt. Mais surtout, la plupart des lunettes livrées n'étaient pas prévues pour cet usage. De mauvaise qualité, s’ajustant mal sur le nez des hommes, et souvent absolument pas étanches, elles étaient souvent complètement inefficaces. Dans certains corps de troupe, on tenta d’en fabriquer sur place avec les matières premières disponibles, mais rarement avec succès.

b) La Commission des gaz asphyxiants.

Monsieur Weiss, qui s’était spontanément présenté au G.Q.G. et qui était devenu le président de la Commission des études chimiques de guerre, fut sollicité par le général Curmer pour réunir une nouvelle commission faite de spécialistes en différents domaines, dans le but de concentrer toutes les informations relatives à cette nouvelle arme et surtout de coordonner les décisions qui devaient être prises. Weiss souhaitait la création d'une nouvelle Direction générale au sein du Ministère de la Guerre, qui dépendrait uniquement du Ministre. Albert Thomas, un des quatre sous-secrétaires du Ministère de la Guerre, entendait bien étendre ses attributions de responsable de l'artillerie et des munitions, au domaine de la guerre chimique. Il entendait bien interdire la formation de cette nouvelle Direction ; ainsi, le général Chevalier, directeur de la 4e direction, refusa la création d’un organisme officiel, mais une entente verbale fut trouvée. 

La nouvelle commission se divisa en trois sous-commissions :

- Recherches sur le front, confiées à Kling.

- Etudes et expériences, confiées à Weiss, qui fait appel aussitôt à de nombreux autres scientifiques de renom, dont notamment monsieur Lebeau, professeur à l’Ecole supérieure de Pharmacie de Paris.

- Un service de production et d’exécution, confié à la Section technique du Génie. (Cette organisation subsiste jusqu’au 1er juillet  date à laquelle est créée une Direction du matériel chimique de guerre).

L’organisation de la Commission subsista jusqu’au premier juillet 1915, date à laquelle fut créée, par décision du 18 juin, une Direction du matériel chimique de guerre (DMCG), rattachée à la 4e direction. Puis le 22 juillet, Albert Thomas réussit à faire passer la DMCG sous son autorité, celle du sous-secrétariat d'Etat à l'artillerie. Le 23 juillet, le colonel Ozil du Génie, pris la tête de la nouvelle direction. Entre temps, tout le service des substances chimiques passait sous la direction du sous-secrétaire d’état de l’artillerie et des munitions ; puis, le 10 août 1915, sous la direction spéciale du Ministère, la DMCG ayant acquis le rang de Direction générale.Trois départements furent créés:

Un département fut chargé des recherches et du développement, sous le nom de Inspection des études et expériences chimiques, ou IEEC. ; il fut confié au général Perret.

Un deuxième fut chargé des aspects industriels, l' Etablissement central de la Direction du Matériel Chimique de Guerre ou DMCG, dirigé par Papon.

Le dernier, en charge d'étudier les conditions d'extension et de création des industrie nécessaires, la Section Technique et industrielle de la DMCG, confiée à Cuvelette.

Le 2 juin, la Commission des gaz asphyxiants, sous la présidence de Weiss, se réunissait donc pour la première fois. Désormais, elle ne se réunira plus qu’une fois par semaine, alors que les réunions avaient lieu tous les jours jusqu’ici.

En premier lieu, il fut décidé d’arrêter toutes les recherches de prévention contre l’ammoniac qui constituait en réalité, un excellent moyen de défense contre le chlore. Plusieurs membres proposèrent de travailler sur un système qui pourrait réduire la vague de chlore par des pulvérisations d’ammoniac juste devant la tranchée, quand celle-ci arriverait1. C’est sur ce mode de protection collective que la Commission va commencer à se pencher en délaissant la protection individuelle que beaucoup considéraient comme résolue. On imaginera par la suite de pulvériser l’ammoniac sur des tas de branches pour augmenter la surface de réaction, ou encore d’allumer de grands feux devant le parapet en espérant faire passer la vague au-dessus de la tranchée. Seulement, de toutes ces solutions, aucune n’était réellement efficace. Et pourtant, les recherches et les propositions de protection collective seront nombreuses et souvent appliquées sur l’ensemble du front.

 

c) Le respirateur Cadroy-Javillier.

Le respirateur semblait une alternative intéressante aux bâillons et cagoules et sera proposé par le pharmacien aide-major Maurice Javillier, préparateur à l’Ecole supérieure de Pharmacie de Paris, appartenant alors au laboratoire de bactériologie et de chimie du 36e Corps d’armée. C’est dans ce laboratoire qu’on avait vu naître les premières cagoules au début du mois de mai 1915, et le 14 juin, le commandant Cadroy, chef du Génie à Dunkerque ainsi que Javillier, adressaient un rapport sur un respirateur, un bâillon et une cagoule issus de leurs recherches. Le respirateur se composait d’une cartouche filtrante métallique, suspendue au cou par une ficelle et reliée à la bouche par un tuyau en caoutchouc (le principe est proche de l’appareil Fernez ).

Voici un extrait de la notice descriptive :

« Le respirateur se compose d’une boîte en fer blanc de forme aplatie pour qu’elle puisse se porter facilement sur la poitrine. A sa partie supérieure, sa paroi présente une double rangée de trous circulaires qui seront les orifices d’entrée de l’air. Le fond inférieur est mobile pour permettre d’ouvrir la boîte et d’y introduire les substances neutralisantes. L’intérieur est divisé en deux capacités concentriques par un cylindre parallèle à la paroi externe et réuni seulement au fond supérieur. Un vide suffisant est ménagé entre le bas de ce cylindre et le fond mobile de la boite, de manière à établir une communication entre la capacité périphérique et la capacité centrale. A la partie supérieure de cette dernière est disposée une cloison percée de trous qui délimite avec le fond supérieur, une petite chambre communiquant avec le tube d’aspiration.

L’appareil se porte sur la poitrine en haut et à gauche ; il est suspendu au cou au moyen d’une cordelette qui passe dans trois oreilles placées, deux d’entre elles dans le haut du corps de l’appareil et la troisième près du milieu du fond mobile. Les mouvements respiratoires de l’homme au travers du tuyau aspirent l’air par les deux couronnes de trous extérieurs, puis il descend au travers de la matière neutralisante placée dans la cavité jusqu’au bas de la boite, remonte à travers la cavité centrale également remplie et arrive parfaitement purifié dans le tube par lequel s’opère également le rejet de l’air expiré ».

La matière utilisée pour constituer la solution neutralisante était de la ouate de tourbe. Grâce à la séparation de l’appareil en deux cavités, il était possible d’utiliser simultanément des réactifs qui pourraient être incompatibles.

 

Le 36e C.A. fit réaliser 12 000 appareils, dont la fabrication était assurée par la Compagnie générale d’alimentation à Coudekerque Branche (Nord), qui fabriquait habituellement des boîtes de conserve. Le chef de l’Etablissement central du matériel chimique de guerre demandera une notice détaillée pour la construction des appareils, mais finalement, le marché fut passé directement auprès de la Compagnie générale d’alimentation qui possédait déjà les machines-outils nécessaires. La commande initiale, au début du mois d’août, fut de 5 000 appareils, mais sera rapidement renouvelée. Les armées passeront parfois directement commande auprès du fabricant. Par exemple, le chef du bataillon du Génie de la 6e armée, envoyé en mission au mois d’août, passera commande de 20 000 à 100 000 appareils, selon les disponibilités de la fabrication. Effectivement, les commandes seront très importantes et la petite usine sera vite dépassée, si bien que le ministre de la Guerre devra intervenir pour donner priorité aux livraisons à l’E.C.M.C.G1.

 

Planche de fabrication de l'appareil Cadroy-Javillier, signée de Cadroy et Javillier, et photographie de l'appareil.

 

 

C) La diversification des substances agressives et de leurs moyens de dispersion.

   

La première émission de chlore par vague gazeuse du 22 avril 1915, malgré des résultats locaux, fut un échec, dans le sens où elle ne permit pas la rupture du front. Faute de moyens importants, restreinte à un simple essai probatoire, elle fut réduite à une offensive de faible envergure dont les résultats ne purent être exploités. La surprise passée, les Alliés s'étaient munis d'appareils protecteurs rudimentaires mais suffisamment performant pour réduire le potentiel des premières vagues gazeuses. Le potentiel de rupture des vagues gazeuses, à peine expérimenté, semblait définitivement perdu.

Pour rendre son efficacité aux opérations chimiques, les chercheurs allemands décidèrent d'exploiter les propriétés de substances dont l’usage avait été programmé depuis l'automne 1914. Parallèlement aux recherches menées sur les vagues gazeuses dérivantes, les scientifiques allemands poursuivaient des études sur le premier mode de dissémination envisagé et utilisé, les projectiles d'artillerie. Cette forme d’utilisation avait l’avantage d’être beaucoup plus souple et permettrait d’utiliser de nombreuses substances toxiques dont la nature chimique était incompatible à une utilisation sous forme de vague gazeuse.

La quantité de substance toxique susceptible d’être dispersée à l’aide de projectiles était bien plus faible que celle utilisée dans la technique des vagues gazeuses. Les chercheurs d’outre-Rhin s’étaient ainsi penché, dès le début du programme chimique allemand en 1914, sur des produits donnant des résultats à des concentrations plus faibles.

Pour obtenir un effet satisfaisant, il fallait utiliser des substances qui permettraient de retrouver l’avantage tactique que possédaient les allemands avant le 22 avril, c’est à dire des substances que les premiers masques distribués n’arrêteraient pas. Cela était d’autant plus facile, que les troupes alliées ne possédaient pas encore de protection efficace, ni des voies respiratoires, ni des yeux. Les produits choisis au début des recherches, en comparaison au chlore utilisé à Ypres, étaient plus toxiques et il était bien plus difficile de s’en prémunir à l'aide d'appareils protecteurs de fortune. Nous ignorons si ce choix fut orienté en fonction des capacités probables de réalisation d’appareils protecteur des alliés ; chacun des agressifs chimiques utilisés et chargés en projectiles perçait les masques primitifs. L’élaboration d’un procédé de neutralisation efficace contre ces substances demanda un effort important aux services chimiques alliés.

Les artilleurs allemands utilisèrent, comme nous l’avons déjà évoqué, des obus T chargés en bromure de xylyle et des obus chargés en bromacétone sur le front de l’Ouest dès mars 1915 dans le secteur de Nieuport. Ces tirs, probablement peu conséquents, ne motivèrent pas de réaction des français qui semblent ne pas s'être aperçu de l'introduction de ces munitions toxiques. Ceux effectués lors des attaques par vagues gazeuses furent certainement plus important et décrits par de nombreux observateurs. La création d’un organisme français, en charge d’étudier les moyens utilisés par l’ennemi lors de ses opérations chimiques, permit par la suite de déterminer très précisément les toxiques mis en œuvre les Allemands, mais seulement quelques mois plus tard.

De nouvelles substances agressives furent ainsi introduites en quelques mois. Selon les observations des services chimiques français, le brome fut le premier de la série, chargé en grenades et en projectiles de Minenwerfer auxilliaires. Il était très facilement et rapidement disponible en Allemagne ; le type de projectile rudimentaire utilisé laisse à supposer qu’il s’agissait d’un chargement de circonstance réalisé en toute hâte. Le liquide répandait des vapeurs rouges-brunes, très lourdes (deux fois plus denses que le chlore et qui avaient l’avantage de stagner dans les dépression du terrain), fortement irritantes pour les yeux et les voies respiratoires et possédait les mêmes propriétés suffocantes que le chlore. Toutefois, si le chlore ne devenait lacrymogène qu’à de fortes concentrations, le brome possédait une action très irritante pour les yeux et le nez à des teneurs très faibles. Il était retenu par les compresses à l’hyposulfite (les premiers masques rudimentaires), mais irritait très fortement les yeux non protégés.

Le chlore et le brome, deux composés de la famille des halogènes, qui comptaient parmi les premières substances utilisées comme agressif chimique, possédaient des propriétés lacrymogènes et suffocantes qui pouvaient être considérablement augmentées, en les ajoutant à quelques molécules organiques. Ainsi, d’autres substances dérivées de ces premières, comme l’éther bromacétique (B Stoff) (également chargée dans les grenades suffocantes françaises) et surtout un mélange d’anhydride sulfurique et de chlorhydrine sulfurique (C Stoff), furent rapidement utilisés. Ce dernier produisait des fumées opaques, légèrement suffocantes. En contact avec la peau, il provoquait des brûlures graves et douloureuses. Il irritait très fortement les yeux dès 5mg/m3. Sa toxicité n’était pas négligeable en milieu clos où une concentration de 3000mg/m3 était mortelle en une minute.

Jusqu’alors, ces substances n’étaient utilisées qu’en accompagnement des vagues de chlore, pour renforcer leur action à certains points du front, ou de façon sporadique, lors d’attaques d’infanterie, dans des actions isolées, au mieux des circonstances et surtout lorsque l’occasion était favorable.

A la fin du mois de juin, les Allemands développèrent des attaques chimiques d’envergure, en n’utilisant que des projectiles pour répandre leurs toxiques, mais en quantité importante.

La première attaques répertoriée de ce genre eu lieu le 20 juin 1915, dans le bois de la Grurie, lors de l’offensive générale allemande en Argonne, qui débutait le même jour. 20 000 à 25 000 obus chimiques de 150 mm tombèrent sur 1800 mètres de largeur et 150 mètres de profondeur, entre la première et la deuxième ligne française (le centre de l'attaque coïncidait avec le point d'intersection des deux routes de Vienne-le-Chateau à Binarville et de Servon à Varennes) . La quantité de projectile utilisée permit de répandre entre 60 et 90 tonnes de toxiques, sur un front de moins de 2 kilomètre. A l’éclatement, apparut une fumée blanche qui agressa les hommes qui l’inhalèrent. Ceux-ci appliquèrent immédiatement leur compresse, mais elle ne leur apporta aucune protection et la zone infestée devint intenable ; elle le restera pendant plusieurs jours.

Cette attaque inaugurait l’utilisation en masse d’une nouvelle substance agressive, dispersée par obus T, le bromure de benzyle (T stoff). Ce produit était fortement lacrymogène et également légèrement toxique. En comparaison au bromure de xylyle, dont il était chimiquement très proche et utilisé dès janvier 1915, le bromure de benzyle présentait un volatilité plus importante qui permettait son utilisation même par temps froid ; son efficacité lacrymogène était cependant inférieure. Sa faible volatilité rendait son évaporation très lente et assurait la persistance de ses effets pendant de nombreuses heures. Les vapeurs étaient très denses et s’accumulaient dans les bas fonds. Mais surtout, elles perçaient la protection des compresses neutralisantes alors utilisées. 

Kling se rend sur place 3 jours après, mais le séjour est encore presque impossible dans ce secteur. Les substances employées en obus étaient un mélange de bromure de benzyle et de xylyle. Du brome fut également employé, contenu dans des flacons envoyés par bombes de minenwerfer. Ces différentes substances constituaient des produits suffocants dangereux, et très irritants pour la muqueuse oculaire. Leurs effets étaient particulièrement redoutés de la troupe, puisqu’il n’existait alors aucun moyen de protection efficace, et le séjour en atmosphère viciée était particulièrement pénible. Kling ajouta qu’il ne pouvait déterminer si les lunettes de protection étaient réellement inefficaces ou si l’irritation oculaire résultait d’un effet des gaz obtenu via la respiration.

L'opération permit un certain succès, permettant, avec une grande facilité, le gain d'une bande de terrain de 500 mètres sur 300. L'effet moral produit fut extrêmement sérieux. Quelques décès furent à déplorer et les 2400 survivants furent capturés par les troupes allemandes.

Les Allemands multiplièrent rapidement leurs attaques par lacrymogènes sur tout le front, en obtenant de nombreux succès locaux. Le 30 juin 1915, l’offensive allemande en Argonne s’étendait. Les troupes du Kaiser tentèrent une nouvelle percée à l’aide d’obus toxiques. De nombreuses positions françaises devinrent rapidement intenables, noyées sous d’épaisses nappes de gaz. Le lendemain, 1er juillet, le village de la Harazée était « saturé de gaz », obligeant les troupes françaises à céder du terrain. L’offensive se calma jusqu’au 13 juillet, jour durant lequel de nouvelles attaques par munitions chimiques se développèrent, notamment au bois de la Chalade. Le lendemain, sans aucune préparation et déjà désorganisées par l’attaque de la veille, les troupes françaises s’élançaient à la reconquête du terrain perdu ; elles furent balayées sur place par la résistance ennemie. Le 16, suite à une nouvelle attaque par munitions chimiques, notamment avec l'utilisation d'obus à palite, les Allemands capturèrent un grand nombre de soldats français, alors sans protection efficace contre les puissantes substances lacrymogènes. Malgré ce succès local, les Allemands ne parvinrent pas à percer le front et l’introduction de ces nouvelles substances toxiques fut un nouvel échec en ce sens.

 

C’est également à la fin du mois de juin que les Allemands utilisèrent pour la première fois la substance qui resta la plus dangereuse de toutes celles utilisées pendant l’année 1915. Ce nouveau produit, extrêmement toxique était le chloroformiate de méthyle chloré (K Stoff), envoyé dans des obus de 170 mm, le 18 juin 1915 à Neuville-Saint-Vaast. Kling récupéra un échantillon, l’analysa et l’appella palite, puisqu’il l’avait identifié au laboratoire municipal de la ville de Paris.

C’était un dérivé du phosgène qui constituait un lacrymogène énergique et qui possédait des effets suffocants puissants. On considérait que sa toxicité était environ dix fois supérieure à celle du chlore (voir: Etudes). Au contact de l’air, elle fumait légèrement et s’évaporait assez rapidement en produisant des vapeurs suffocantes. Cependant, elle avait l’avantage d’être beaucoup moins volatile que le phosgène, et par conséquent, de produire des effets plus prolongés sur le terrain. Sa densité de vapeur était également plus importante et ces deux avantages combinés permettaient d’obtenir des concentrations bien plus importantes sur le terrain . Le produit utilisé par les Allemands n’était pas le chloroformiate de méthyle chloré pur, mais un mélange de celui-ci avec des dérivés plus chlorés qui accroissaient les propriétés lacrymogènes. Les lésions déterminées par la palite sur les poumons, apparaissaient soit immédiatement, soit au contraire assez tardivement, mais, dans un cas comme dans l’autre, étaient en général très grave. Les effets physiologiques de la palite sur les voies respiratoires étaient ceux du phosgène et les doses incapacitantes et létales étaient pratiquement les mêmes. L’action irritante sur les yeux et les voies respiratoires supérieure était par contre bien plus importante.

Kling mit en garde la Commission de protection, car ce toxique, le plus actif de ceux alors utilisés, n’était pas retenu par les appareils de protection imbibés d’hyposulfite. L’introduction de la palite chargée en obus, marquait une nette progression dans l’utilisation des substances agressives. Ce toxique possédait des propriétés suffocantes importantes, qui donnait, pour la première fois, un pouvoir létal aux munitions chimiques. Cette dangerosité des vapeurs de palite était finalement diminuée par leurs propriétés lacrymogènes. En effet, il était impossible de rester dans une atmosphère chargée en palite, sans que l’irritation oculaire qu’elle provoquait ne pousse à se soustraire au plus vite de la zone contaminée. Un homme soumis à ses vapeurs ne pouvait l’ignorer, et à moins que la zone battue et infectée soit très importante ou que la concentration soit très élevée, il était amené à chercher un endroit où respirer un air sain et à éviter d’absorber une dose mortelle.

Cela n’empêcha pas l’Allemagne de poursuivre avec l’utilisation de nouveaux toxiques.

Dès la fin de juillet, apparaissait la bromacétone (B Stoff). Ce liquide rouge-brun produisait des vapeurs particulièrement irritantes pour les yeux et possédait également des effets suffocants, qui pouvaient se révéler mortels, si la durée d’exposition était prolongée. Les Allemands augmenteront encore ses propriétés agressives, en enrichissant leur bromacétone de dérivés dibromés, plus puissants et plus persistants. Les effets lacrymogènes et suffocants devaient même se révéler plus importants que la palite.

Puis, au mois d’août, ce fut la bromométhyléthylcetone (Bn Stoff) qui apparaissait. Son action est encore plus forte que la bromacétone et, comme cette dernière, elle traversait les appareils de protection alors utilisés.

Parallèlement à la diversification des substances agressives, les Allemands développèrent de nouveaux moyens de dispersion par projectiles, en concevant des munitions mieux adaptées pour ce rôle. Le but était de disposer d’un éventail de toxiques chargés en obus, adapté a chaque type d’objectif. Par exemple, les substances aux effets persistants (principalement T Stoff) furent utilisées pour interdire à l’ennemi certains points névralgiques : Postes de Commandement, carrefours stratégiques, nids de mitrailleuses, batteries… Cette technique demandait alors un tir initial soutenu, suivi par un tir d’entretien régulier, de telle sorte que les apports de substances agressives soient supérieures aux pertes dans l’atmosphère.

A l’inverse, les substances qui se diluaient rapidement et dont l’effet est fugace (K Stoff), furent utilisées contre des positions d’où ils souhaitaient chasser rapidement l’ennemi, mais qu’ils avaient l’intention d’utiliser rapidement.

La conception des munitions qui étaient chargées de réaliser la dispersion des toxiques, avait un rôle déterminant dans l’efficacité de ces substances. Les munitions allemandes avaient l’avantage, contrairement aux munitions françaises, d’être des obus à ogive ou culot rapporté. Il suffisait de remplacer la charge de l’obus, généralement un cylindre en carton contenant l’explosif, par un récipient empli du mélange toxique. Nous allons brièvement passer en revue les différents types qui furent utilisés par les Allemands durant l'année 1915. Ils se divisaient en trois catégories : grenades, projectiles de Minenwerfer et obus spéciaux.

 

1)     Les grenades toxiques.

On les divisaient en deux types.

-Grenades destinées à se briser au choc.

Extrêmement rudimentaires, elles sont constituées d’une ampoule en verre mince, scellée, contenant un agressif liquide. Pour faciliter leur manipulation, elles sont entourées d’un filet. Elles sont transportées dans des boites unitaires cylindriques en fer blanc, et protégées des chocs par de la sciure ou du Kieselgühr. Le diamètre des boîtes est d’environ 95 mm, pour une hauteur de 150 mm. Elles sont munies extérieurement d’un crochet permettant de les suspendre au ceinturon. 2 types différents sont décrits :

1 - Grenade sphérique de 85 mm de diamètre, d’une capacité de 250 ml et renfermant, soit un mélange corrosif d’anhydride sulfurique et de chlorhydrine sulfurique, soit de la bromacétone industrielle. Dans ce cas, elles sont appelées « Hand-A-Stink-Kugel » et se distinguent des précédentes par une couche de peinture jaune sur l’ampoule en verre, à sa partie supérieure.
2 – Grenade légèrement ovoïde, de 165 ml, renfermant du brome.

 

-Grenades explosives.

 

Elles sont sphériques, en tôle vernie, comportent le marquage « B » ou « B-Stoff » et parfois le fabricant « Hoechst-a-M ». Le poids total est d’environ 1 kg pour 600 g de substance lacrymogène. Elle contient, la plupart du temps, de la bromacétone ou de la bromométhyléthylcétone, parfois le mélange chlorhydrine-anhydride sulfurique et comporte alors l’indication « N-Stoff ».

L’emploi des grenades toxiques resta cependant peu fréquent ; elles n'étaient utilisées que lors d’épisodes de combat de tranchées à tranchées, lorsque celles-ci étaient très rapprochées les unes des autres. Leur utilisation disparaîtra pratiquement après l’apparition et la généralisation  des masques polyvalents qui, à l’inverse des appareils à hyposulfite, réalisaient une protection efficace contre l’ensemble de ces substances lacrymogènes.

2) Les projectiles de Minenwerfers.

On distinguait deux catégories de minenwerfer : les projectiles de minenwerfers auxiliaires, très rudimentaires et les projectiles réglementaires, qui étaient très proches des obus classiques, et d’ailleurs munis de fusées.

- Projectiles de minenwerfers auxiliaires.

Leur portée ne dépassait pas quelque centaines de mètres, pour une précision à peu près nulle. Deux modèles se sont succédés.

Le premier n’a, semble t’il, été utilisé qu’au début des attaques lacrymogènes, à la fin du mois de juin 1915. Il est constitué par un tuyau de poêle en tôle, de 390 mm de long et d’un diamètre de 90 mm. L’une des extrémités est obturée par une plaque soudée, l’autre par un bouchon en bois, maintenu par deux vis. Au centre de ce bouchon, est vissé un écrou traversé en son centre par un canal dans lequel s’engage un cordon Bickford. Il aboutit à une charge de poudre noire, suffisante pour faire sauter le bouchon, mais insuffisante pour déchirer les parois du tuyau. Cette charge provoque l’ouverture de l’engin de tel façon que le liquide est simplement répandu sur le sol, mais non pulvérisé ou vaporisé, ce qui, en le dispersant de façon exagérée, nuirait à son efficacité. Dans ce tuyau sont introduits deux flacons bouchés, contenant chacun environ 2 kg de brome. Pour éviter qu’ils ne se brisent avant l’explosion de l’engin, les flacons sont soigneusement calés à l’aide de sable.

Le second type succèda au premier, vraisemblablement dès la fin de l’été 1915. De même diamètre que le précédent, il est cependant moins long : 280 mm. Peint en gris, il comporte les inscriptions suivantes : « B-Stoff-Hoechst am Mein ». A l’intérieur du cylindre, se trouve une boite également cylindrique, en plomb, destinée à recevoir la substance agressive. Le fond de cette boîte présente une invagination dans laquelle vient se loger une gaine contenant la charge de rupture. Ces projectiles étaient remplis, le plus souvent, de bromacétone.

Ci-dessus : Projectile de Minenwerfer auxiliaire de 90 mm premier type (Bromacétone). Ci-dessus : Projectile de Minenwerfer auxiliaire  de 90 mm second type (Bromacétone).

- Projectiles réglementaires.

Ils étaient lancés par un Minenwerfer rayé, de 170 mm, tirant sous un angle voisin de 45° et dont la portée maxima était de 1000 m. Ils n'étaient pas exclusivement utilisés pour produire des atmosphères agressives, mais également comme projectile explosif. D’une manière générale, ce type d’engin était armé d’une fusée à double effet, de type Z. m. W. M. et dont la caractéristique était de pouvoir fonctionner indifféremment suivant que le projectile tombait sur la pointe ou le culot. Le corps du projectile était en tôle d’acier de 6 mm d’épaisseur ; il possèdait un culot vissé et son diamètre était de 168 mm. La chambre intérieure de l’obus comportait deux modes de chargement différents :

Le premier a été utilisé pour la première fois dans le Nord, à Neuville-Saint-Vaast, le 18 juin 1915. Il a surtout été employé durant l’été 1915, puis son usage a disparu au profit du second. Il contenait deux boîtes cylindriques superposées et hermétiques, maintenues en place à l’aide de paraffine coulée à chaud. La première, en plomb et d’une capacité de 2,4 l, contenait du chloroformiate de méthyle chloré ou palite. La seconde, en fer blanc et d’une capacité voisine de 3 l, contenait du chlorosulfate de méthyle.

Le second type est à récipient unique, en plomb. Il contient généralement de la palite, et parfois de la bromométhyléthylcétone.

A gauche : Projectile de Minenwerfer de 170 mm à deux récipients (chargement : chloroformiate de méthyle chloré ou palite + chlorosulfate de méthyle).
A gauche : projectile de Minenwerfer de 170 mm à récipient unique (chargement : palite ou bromométhyléthylcétone). 

L’ouverture de ces projectiles, qu’ils appartiennent à l’un ou l’autre modèle, était réalisée par un charge de tolite, suffisante pour permettre à la paroi de se déchirer, mais non pour projeter à distance les liquides agressifs, ce qui leur ferait perdre une partie de leur efficacité en les diluant. En outre, deux modes de disposition de la charge, permettaient de déchirer le projectile différemment (au niveau de l’ogive ou tout le long du corps de l’engin), suivant que l’on veuille répandre plus ou moins rapidement sur le sol les liquides qu’ils contenaient. Par cet artifice, la persistance du produit  pouvait encore être modifiée.

Tous ces projectiles sont peint en gris ; ceux chargés en palite portent vers le haut de l’ogive deux cercles de peinture jaune ou blanche.

3) Les obus spéciaux.

Ces projectiles furent majoritairement représentés, durant l’année 1915, par des projectiles de 150 mm. Cependant, les Allemands utilisaient parfois un obus de 105 mm, lancé par l’obusier léger de campagne modèle 1898-1919 (L.F.H.). Peu de ces projectiles seront retrouvés et analysés et nous ne disposons que de peu d’informations à leur sujet. Ils contenaient un récipient de plomb, renfermant des bromures de benzyle et de xylyle. Il semble que leur usage se soit légèrement développé au cours de l’année 1916.

Obus chimique de 105 Vers.F.H.Gr à ogive vissée, lancé par l'obusier léger de campagne modèle 1898-1909 L.F.H.

Le type le plus couramment utilisé fut donc l’obus de 150 mm modèle 1912, qui se prêtait très bien au chargement de substances toxiques grâce à son culot arrière vissé, et dont la capacité convenait parfaitement pour disperser de grandes quantités de substances. La charge de tolite que renfermait ces obus spéciaux, était relativement faible. Lors de son explosion, l’enveloppe se séparait en fragments peu nombreux, et ne produisait que de très faibles entonnoirs. Le bruit de l’explosion était d’ailleurs caractéristique, ressemblant à celui d’un obus faisant un raté, ou encore comparé à celui de vaisselle se cassant. Le liquide contenu dans la boîte de plomb était peu dispersé et se répandait sur le sol simplement sous forme de flaque. L’atmosphère toxique obtenue était alors maximum, mais peu étendue. Ces obus furent chargés de diverses substances. Le premier utilisé fut l’obus T à bromure de xylyle. A partir de juin 1915, il contenait un mélange de bromure de benzyle et de xylyle. Vraisemblablement à partir du mois d’août 1915, un nouvel obus chargé en bromométhyléthylcétone, ou les dérivés dibromés beaucoup plus agressifs dominaient, fit son apparition. Il fut appelé obus K1 . Peu de temps après, un obus K2, chargé de palite, fut également introduit. Il portait une bande de peinture jaune au sommet de l’ogive pour le distinguer du précédent.

Obus chimique de 150 mm modèle 1912, tiré par l'obusier lourd de campagne S.F.H. modèle 13. Cet obusier constitue l'arme principale de l'artillerie lourde de campagne. 

Il est curieux de constater que l’introduction de ces nouvelles armes chimiques, particulièrement puissantes puisque traversant les appareils protecteurs à hyposulfite (et même les premiers appareils polyvalents), ne fut pas exploitée par les Allemands dans un but de rupture du front, mais déjà plutôt comme un moyen de harcèlement de l’ennemi.

 

 

Apparues à l'été 1915 et utilisées sur des troupes complètement démunies de moyens de protection à cette période, ces munitions avaient des effets très puissants et la capacité de réduire toute résistance de l'ennemi sur la zone contaminée.

Les opérations menées en Argonne à l'été 1915, montrèrent qu'elles auraient pu briser le front, tout comme la vague gazeuse de chlore lâchée à Ypres le 22 avril 1915. Heureusement pour les armées alliées, les militaires allemands ne s'en aperçurent, une fois de plus, que trop tard !

Les autorités françaises réussirent l'exploit de mettre au point et de diffuser en à peine quelques mois, des moyens de protection, certes rudimentaires, mais capables de réduire la capacité de ces munitions à peu de chose.

 


[1] Plusieurs documents, ''Notes résumant la question de l’emploi à la guerre des substances chimiques’’, dispersés au milieu des comptes-rendus de la Commission, relatent cet incident.

1 Au départ, il y a fréquemment confusion entre le sachet, qui est l’étui qui protège le bâillon, et le bâillon lui-même.

[2] Thiosulfate de sodium.

1 Groupe de Brancardiers Divisionnaires.

1 Ce système de protection revient en fait à monsieur Pointet, industriel à Villeneuve-la-Garenne, qui l’avait proposé au général Joffre dès le 27 avril.

1 L’Etablissement du matériel chimique de guerre est l’organisme chargé des productions, sous la dépendance de la Direction du matériel chimique de guerre (D.M.C.G.).

 

 

 

 

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