Chapitre 12
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L’après guerre.

A) L’Armistice et le traité de Versailles.

Le 11 novembre 1918, à onze heures du matin, le clairon sonne le cessez-le-feu, mettant fin à la Première Guerre. Une liesse générale envahit l’Europe, et les rues de Paris, New-York, Londres, Bruxelles et Rome se remplissent d’une foule portant en triomphe les soldats alliés. La joie de la victoire sera de courte durée car l’heure des comptes était venue. Désormais, la réalité s’imposait à tous : l’Europe était ravagée, sa jeunesse massacrée. Les pertes militaires pour l’Europe s’élèvent à 8 500 000 morts. La France à perdu 1 300 000 des siens, appartenant pour la plupart à la génération des 20-30 ans. En France, on dénombre 3 600 000 blessés, 600 000 veuves de guerre et 750 000 orphelins. Il faut y ajouter les disparus, tous les mutilés, et aussi toutes les régions de l’Est et du Nord de la France transformées en amas de ruines. Des villes entières sont rayées de la carte. Les rescapés de la génération de feu resteront traumatisés à jamais, marqués au plus profond de leur chair et ils influenceront lourdement le cours de l’histoire à venir par des décisions qui resteront viscérales plutôt que réfléchies, concernant les notions de pacifisme, de fascisme, et de désarmement. Pour les survivants, cette guerre ne pouvait avoir qu’une seule justification : elle serait la dernière, la «der des der ».

Le sort de l’Allemagne sera en partie, et en partie seulement, réglé par le traité de Versailles du 28 juin 1919. Alors que les combattants étaient uniquement animés par un esprit de justice, un sentiment de haine envers l’Allemagne et une volonté de revanche se solderont par une paix ratée. Les politiques alliés seront incapables de donner un sens au sacrifice de leur jeunesse, et transformeront le traité ‘’en un Armistice ne pouvant durer plus de vingt ans’’, comme le prétendait déjà le général Foch en 1919. La paix inachevée devait emporter à nouveau, à peine une génération plus tard, l’Europe entière dans une nouvelle folie meurtrière.

Le bilan de la guerre des gaz reste assez contrasté : certainement moins de 50 000 décès sont attribuables à l’arme chimique. Il reste d’ailleurs extrêmement  difficile à fixer une valeur précise des pertes relatives au conflit chimique, les statistiques militaires du premier conflit restant pour le moins difficiles à percer. Les seules sources françaises crédibles paraissent être celles relatives aux pertes des principales émissions par les vagues allemandes. Pour citer un chiffre, les 8 plus grosses opérations d’émissions, du 19 octobre 1915 au 1er  juillet 1917, feront près de 2000 morts et 7900 intoxiqués dans les rangs français. A elle seule, l’attaque des positions près de Reims des 19 et 20 octobre 1915, est responsable de 750 tués. Le nombre d’intoxications imputables aux toxiques souffre de la même imprécision. Une seule certitude : il sera nettement plus élevé à partir de l’introduction de l’ypérite sur le champ de bataille, à l’été 1917. Le nombre d’intoxications incapacitantes, toutes nations confondues, serait proche d’un million selon les sources les plus crédibles. Ces chiffres confirment la nature de la guerre des gaz du Premier Conflit mondial : les toxiques blessent et sont plus incapacitants que mortels. Seulement, n’oublions pas un point essentiel que ces chiffres ne font pas ressortir : combien d’hommes ont perdu la vie par ce qu’ils étaient aveuglés par l’action d’un agressif, parce qu’ils perdaient leur sang-froid au moment où ils en auraient eu le plus besoin, tétanisés par la peur que pouvait engendrer un bombardement d’obus toxiques ? Le poids moral que représentait le ‘’péril chimique’’ n’est pas quantifiable, mais il aura eu un effet dévastateur sur la combativité et le moral des troupes. L’arme chimique aura certainement été le vecteur le plus efficace de la guerre d’usure, non pas au sens du nombre de pertes qu’elle pouvait produire chez l’ennemi, mais par l’usure de son facteur psychique, par l’usure de ses nerfs. Les Allemands réussiront à exceller en ce domaine. D’avril 1917 à septembre 1918, ils introduiront pas moins de 10 composés nouveaux, chacun étant censé rendre inefficace la protection alliée. La chloropicrine inaugurera la série ; mal retenue par les masques M2, elle provoquait une sensation d’irritation des yeux et des voies respiratoires même au travers du masque, pouvant faire croire au malheureux combattant qu’il avait la primeur de l’introduction d’un nouvel agressif non retenu par son appareil de protection. L’ypérite réussit également à impressionner fortement les soldats alliés. Puis ce sera le tour des arsines sensées percer les masques. Les arsines vésicantes et enfin le cyanure de diphénylarsine parviendront également à déjouer la vigilance des chimistes alliés. Le docteur Mayer, chef du laboratoire de physiologie du Collège de France alerte vivement les autorités dans un rapport daté du 18 septembre 1918. Il explique que l’ARS ne protège plus contre les arsines et que les combattants ont tellement perdu confiance dans la protection, qu’il arrive qu’ils retirent leur masque pendant les attaques. Mais bien plus grave, d’après une enquête réalisée par ses soins, 10 à 37 % des évacués gazés lors d’un assaut datant du 15 août, seraient décédés alors qu’ils portaient tous leur masque sur le visage…

L’introduction de l’arme chimique et son développement allaient être attribués à l’Allemagne seule. En vertu de l’article 231 du traité de Versailles qui la déclarait moralement responsable de la guerre, elle perdait la propriété de tous ses brevets et devait révéler ses secrets technologiques se rapportant à des armes ou des applications militaires. Ainsi, les services chimiques français demandèrent la divulgation des recherches et des procédés de synthèse mis au point dans les laboratoires et les usines de l’I.G.Farben. Ils demanderont également la liquidation et le démantèlement pur et simple de l’industrie chimique allemande. Carl Bosch s’y opposera farouchement et négociera avec le gouvernement français. A la fin de 1919, un accord sera signé et permettra à l’Allemagne de conserver l’intégralité de ses usines chimiques contre l’échange de ses procédés de fabrication. Entre temps, en novembre 1919, le comité Nobel avait annoncé qu’il décernait pour l’année 1918 son prix de chimie à Fritz Haber pour son procédé de synthèse d’ammoniac. La nouvelle fit le tour du globe comme une traînée de poudre et personne ne manqua de s’indigner de l’injuste récompense décernée à celui que l’on désignait comme l’instigateur de la guerre des gaz. Car il était alors de bon ton de faire porter à l’Allemagne toutes les responsabilités, particulièrement celle d’avoir inauguré et mené la guerre des gaz à elle seule ; le jugement des faits ne revenant qu’au camp des gagnants…

 

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