Chapitre 8
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Pharmaciens et médecins aux armées : les nécessités d’évolution de leur tâche dans la guerre des gaz.

La nécessité de centraliser les informations relatives aux attaques par gaz, ainsi que l’obligation d’utiliser la compétence de spécialistes, pour mettre en œuvre les solutions prises par l’intérieur et concernant les mesures de protection, vont apporter de nombreux changements dans le rôle des médecins et pharmaciens du Service de Santé.

A) L’organisation sommaire du Service de Santé de 1914 à mai 1915.

Son rôle fondamental consiste à assurer la relève des blessés sur le front, leur transport, leur hospitalisation ou leur évacuation vers les zones de l’intérieur.

 

·        A l’échelon de l’armée : on trouve en premier lieu les hôpitaux d’évacuation ou H.O.E. (Hôpitaux Origine d’Etape). Il existe aussi, comme nous avons pu le voir en prenant l’exemple de la Xe armée, un laboratoire de chimie et de bactériologie. Il effectue différentes analyses médicales ou médico-légales. Placé sous les ordres d’un médecin, il possède également un pharmacien et quelques aides.

·        A l’échelon du corps d’armée : Il existe 8 ambulances, 6 sections d’hospitalisation et une section sanitaire automobile. Existe aussi un G.B.C. (Groupe de Brancardiers de Corps) auquel est rattaché un laboratoire de campagne, sous les ordres d’un médecin.

·        A l’échelon de la division : un G.B.D. (Groupe de Brancardiers Divisionnaire) est dirigé par un médecin.

·        A l’échelon du régiment : le service de santé régimentaire se charge de la relève des blessés et de leur évacuation sur les postes de secours. Il est complété, si nécessaire, par les G.B.C. et les G.B.D.

B) Les modifications des attributions des pharmaciens au sein du Service de Santé en vue de l’adapter à la défense contre les gaz.

Immédiatement après l’attaque sur Ypres, le 22 avril 1915, Paris s’adressera au Service de Santé pour réunir toutes les informations nécessaires concernant la question des gaz de combat. Nous avons vu sommairement, au travers de quelques exemples, le rôle des formations à l’avant. En mai 1915, un pharmacien sera adjoint à chaque laboratoire de corps d’armée pour y effectuer des analyses alimentaires et bactériologiques, mais aussi pour centraliser toutes les informations relatives aux gaz.

1) La création des centre médico-légaux.

En vue de compléter les enquêtes menées au front sur les attaques chimiques, et d’étoffer celles-ci de recherches médicales et médico-légales, on créa dès juin 1915 plusieurs centres médico-légaux. Chaque centre était dirigé par un médecin-chef qui ne dépendait que du général commandant en chef. Après chaque attaque par gaz dans son groupe d’armée et après avoir effectué une enquête et relevé différents échantillons sur place, il rédigeait un rapport qu’il adressait au laboratoire municipal. Pour effectuer son travail, il était en relation constante avec les pharmaciens toxicologues des laboratoires de toxicologie divisionnaire que nous verrons par la suite. A leur création, seulement trois seront ouverts, un par groupe d’armée. Amiens pour le G.A. Nord, Châlons pour le G.A. du Centre, et Nancy pour le G.A. Est. Par la suite, il en sera créé également à Toul (en février 1916) , Remirmont (en janvier 1916) et Bar-le-Duc (également en janvier 1916).

Le premier novembre 1915, un officier chimiste d’armée sera adjoint au médecin-chef de chaque centre. Ils seront choisis par Kling lui-même parmi ses anciens collaborateurs. Leur rôle était d’étudier les munitions toxiques ennemies, de les recueillir, et de les envoyer au laboratoire municipal. Ainsi, ils constitueront des collections entières de munitions ennemies désamorcées de leurs mains. Certains y laissèrent leur vie, et de nombreux accidents seront à déplorer au sein même des centres médico-légaux, souvent situés en pleine ville.

A partir de mai 1917, un pharmacien sera joint à chaque centre, en vue notamment d’effectuer différentes expertises sur les appareils de protection et sur leur efficacité restante après chaque attaque.

2) La création des laboratoires de toxicologie divisionnaire.

En vue de surveiller l’hygiène des combattants au front et d’appliquer les mesures de prophylaxie directement au sein même de la troupe, il fut créé au début de l’année 1915 les laboratoires de toxicologie divisionnaire rattachés au GBD et ne dépendant que du médecin divisionnaire. Ils étaient dirigés par un pharmacien choisis parmi les plus brillants, secondé par des aides-chimistes souvent pharmaciens ou étudiants en pharmacie. Quelques mois après leur création, les pharmaciens toxicologues  seront chargés de mener également des enquêtes sur les attaques aux gaz. Ils devaient alors, se rendre sur place et y recueillir tous les éléments susceptibles de servir à l’enquête. En outre, ils effectuaient des prélèvements de projectiles intacts, de terre, d’engins de protection ennemies… Leur incombait aussi le prélèvement d’échantillons de gaz à l’aide d’ampoules vides d’air là ou le gaz pouvait s’accumuler (caves, abris souterrains, tranchées profondes…). La création des officiers chimistes des centres médico-légaux en novembre 1915 devait modifier leurs fonctions, mais en réalité, devant le nombre croissant des attaques par gaz, le pharmacien toxicologue restait l’homme de terrain.

A la fin du mois d’août 1915, sur l’insistance de la Commission de protection, le GQG chargea les médecins divisionnaires de dispenser un enseignement théorique et pratique sur les moyens de protection. Le but de la manœuvre était de donner confiance aux hommes envers leurs tampons qu’ils regardaient souvent d’un œil méfiant. Pour les convaincre de leur efficacité et du danger réel des gaz, chaque homme devait passer dans une atmosphère infectée de chlore et y séjourner pendant une heure. Dans la chambre, on faisait réaliser aux hommes différents exercices et on insistait sur la bonne mise en place des appareils. Dans la pratique, la mise en place de ces exercices sera prise en charge la plupart du temps par les pharmaciens toxicologues qui étaient les plus apte à dispenser cet enseignement.

Les pharmaciens toxicologues s’occuperont aussi de la constitution des ateliers de réfection, de modification et de réimprégnation des appareils protecteurs, en prélevant le plus souvent des brancardiers des GBD comme mains d’œuvre. Ce genre d’initiative, relevant souvent du pharmacien toxicologue et du médecin divisionnaire s’observait déjà depuis le mois de mai 1915, où dans de nombreuses formations, on avait fabriqué sur place des compresses et des cagoules pour pallier au manque d’appareils. Ainsi, on leur confia également l’imprégnation des appareils, la mise en place des compresses C1 et C2 dans les tampons P2, la modification des lunettes…. Les modifications seront interdites au début du mois de novembre 1915, mais les ateliers seront reformés sporadiquement dans certaines formations à la fin du mois de décembre pour modifier les cagoules en leur ajoutant un tampon P2, puis en mars 1916 pour modifier les masques T en leur ajoutant un anneau de caoutchouc.

 

 

 

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